737 MAX

Un panel critique les relations étroites entre Boeing et le régulateur américain

Un groupe de travail doit publier un rapport critiquant l'homologation du Boeing 737 MAX par le régulateur américain de l'aviation, accusé de manque de transparence

Manque de transparence et de partage des informations: des autorités mondiales de l'aviation civile devraient infliger un camouflet au régulateur aérien américain (FAA) dont elles fustigent l'homologation du Boeing 737 MAX, a déclaré lundi 16 septembre à l'AFP une source proche du dossier. Elles sont regroupées au sein d'un panel, baptisé JATR, mis en place en avril par l'agence fédérale de l'aviation (FAA) face aux critiques sur ses liens étroits avec Boeing.

Lire aussi: Le 737 MAX cause la plus grosse perte de son histoire pour Boeing au 2e trimestre

La FAA avait été la dernière autorité à interdire de vol le 737 MAX après l'accident d'un appareil de ce type d'Ethiopian Airlines le 10 mars au sud-est d'Addis Abeba qui a fait 157 morts. Cette tragédie s'est produite quelques mois après l'accident d'un 737 MAX de Lion Air qui a fait 189 morts.

La mission confiée à ce groupe de travail était d'examiner les procédures d'homologation du 737 MAX et de faire des propositions pour les améliorer. D'après la source proche du dossier, le rapport, qui doit être remis dans les prochaines semaines par ce comité, est critique pour la FAA. Il devrait notamment fustiger le manque de transparence dans la façon dont le régulateur a transféré à Boeing l'évaluation de certains systèmes et logiciels du MAX, a indiqué cette source sous couvert d'anonymat.

Manque de partage de données

Le panel devrait conclure que des changements importants apportés à la conception du Boeing 737 MAX n'ont pas été correctement examinés par la FAA, selon la source. Ce sont les salariés de Boeing qui ont par exemple inspecté le système anti-décrochage MCAS, mis en cause dans les accidents, avaient déclaré il y a quelque temps à l'AFP des sources proches du dossier.

Les mêmes sources faisaient état de collusion entre la FAA et Boeing, renforcée par la procédure ODA, adoptée en 2005 sous la pression du lobby aéronautique sur fond de dérégulation et de baisse du budget de l'agence américaine. Selon l'ODA, Boeing choisissait les ingénieurs devant inspecter ses avions, la FAA apposait seulement son sceau.

Lire également: Boeing avait identifié des anomalies sur le 737 MAX dès 2017

Ce groupe de travail devrait aussi critiquer la FAA pour un manque de partage de données avec ses pairs lors de la certification du MAX en 2017, rapporte de son côté le Wall Street Journal.

Test sur simulateur

Le JATR regroupe l'Union européenne, le Canada, le Brésil, l'Indonésie, la Chine, Singapour, l'Australie, le Japon et les Emirats arabes unis. «Nous allons examiner toutes les recommandations et intégrerons toute proposition qui améliorerait nos activités de certification», a déclaré à l'AFP un porte-parole de la FAA, qui a toujours défendu son feu vert au 737 MAX. Il a insisté sur le fait que la tâche du panel était «distincte des efforts en cours pour un retour en service en toute sécurité» de cet avion vedette.

Contacté par l'AFP, Boeing n'avait pas réagi dans l'immédiat aux critiques du panel. Le constructeur, qui a instauré son propre comité en interne pour évaluer ses procédures, a simplement indiqué qu'il prévoyait de communiquer «au moment adéquat» sur les conclusions de ce groupe composé de cinq membres de son conseil d'administration.

Steve Dickson, le nouveau patron de la FAA, a indiqué lundi sur la chaîne de télévision CNBC qu'il allait se rendre à Seattle cette semaine pour tester sur simulateur le 737 MAX modifié. Il a aussi fait savoir que Boeing n'avait toujours pas soumis toutes les modifications demandées pour que la FAA se prononce sur une levée de l'interdiction de vol. «La sécurité d'abord et nous n'avons pas de calendrier particulier» en tête, a-t-il déclaré, alors qu'il existe des divergences au sein des régulateurs mondiaux sur les critères devant déterminer le retour dans le ciel du 737 MAX.

Les Européens ont déjà fait savoir qu'ils inspecteraient eux-mêmes l'avion et, comme les Canadiens, ils veulent que la formation des pilotes inclue le simulateur. La FAA juge, elle, qu'une formation sur iPad ou ordinateur des pilotes rodés au 737 NG, version précédant le MAX, est suffisante.

Publicité