Déstabilisée depuis le début de l’année, la Banque africaine de développement (BAD) va-t-elle enfin retrouver la sérénité? Un rapport demandé notamment par les Etats-Unis et la Suisse, et publié lundi soir, disculpe son président Akinwumi Adesina d’allégations de mauvaise gouvernance. Prochaine étape: en poste depuis 2015, l’homme est candidat pour un deuxième mandat et l’élection est prévue le 25 août. A ce stade, le Nigérian n’a pas de concurrent. Il n’empêche. De l’avis d’un diplomate qui connaît l’institution et qui veut rester anonyme, les jeux ne sont de loin pas faits.

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Cette affaire remonte à avril 2019, lorsque les Etats-Unis nomment David Malpass à la présidence de la Banque mondiale. Conservateur américain, ce proche du président Donald Trump occupait le poste de sous-secrétaire au Trésor au côté de Steven Mnuchin. Le nouvel homme fort engage d’emblée un bras de fer avec Akinwumi Adesina. Le verbe haut et le réflexe rapide, ce dernier ne laisse pas passer les critiques et va jusqu’à rétorquer que «c’est la Banque mondiale qui est davantage responsable de la dette africaine et, sans ses programmes, l’institution basée à Washington n’aurait même pas de raison d’être».

Stratégies américaines

En toile de fond, l’administration Trump ne cache pas son ambition de reprendre pied sur le continent africain, où Pékin joue les premiers rôles. Les échanges entre l’Afrique et le géant asiatique atteignent 200 milliards de dollars en 2019 alors qu’entre les Etats-Unis et l’Afrique ils tournent autour de 41 milliards. Dès 2018, Washington monte programmes et stratégies pour contrer la domination chinoise et rêve d’amener la BAD dans le giron américain, selon Steven Dowd, le représentant américain au sein de cette institution. Washington se plaint de ne pas pouvoir y influencer les décisions comme elle peut le faire à la Banque mondiale, où elle jouit d’un droit de veto.

C’est dans ce contexte qu’en début d’année un groupe anonyme de lanceurs d’alerte mène la charge à l’intérieur de la BAD contre Akinwumi Adesina. Ce dernier est accusé de népotisme, d’abus de pouvoir, de manque de transparence et de fréquentation des régimes autoritaires africains. Selon l’hebdomadaire français Le Point de cette semaine, Steven Dowd est soupçonné d’en être à l’origine.

Fissure

Le président de la BAD n’échappe donc pas à une enquête qui est, comme veut la tradition, menée à l’interne par le comité d’éthique. Celui-ci rend son verdict début mai et lave Akinwumi Adenisa de tout soupçon. Non satisfaits, les Etats-Unis reviennent à la charge et exigent une nouvelle investigation indépendante. Après moult tergiversations, un groupe d’experts présidé par l’ancienne présidente irlandaise Mary Robinson a passé en revue les 16 allégations de mauvaise gouvernance. Dans son rapport rendu lundi, le panel disculpe le président de la BAD.

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Désormais, les regards sont rivés sur la réunion du 25 août qui devrait décider si Akinwumi Adesina sera élu pour un deuxième mandat. Pour l’emporter, il doit obtenir la double majorité, tant chez les membres africains que chez les non africains, à commencer par les Etats-Unis, qui sont le deuxième actionnaire de la BAD, après le Nigeria. Selon Financialafrik.com, journal en ligne spécialisé dans la couverture de l’actualité économique et financière africaine, la fissure entre pays actionnaires africains et non africains est béante. En effet, dix mois après l’augmentation du capital de la banque, seuls six pays non africains ont libéré leur part. Autant dire que de nouveaux soubresauts ne sont pas exclus d’ici au 25 août.