Retenez bien ce nom: AOK Pass. Il pourrait être le sésame qui ouvrira les portes des aéroports, des avions et, à l’arrivée, des pays de destination. Son détenteur devra auparavant passer un test pour le Covid-19, dont le résultat devra être négatif. L'«Anticorps OK» serait une sorte de passeport sanitaire numérique qui pourrait relancer les voyages internationaux et, in fine, faire redémarrer une économie mondiale plongée dans la récession depuis le début de l’année.

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Il y a urgence. L’industrie du transport aérien, l’un des piliers de l’économie mondiale, est brutalement pénalisée par la pandémie de Covid-19 depuis le début de l’année. Parallèlement aux voyages d’affaires, le tourisme mondial est aussi à l’agonie. De nombreux pays qui en sont dépendants sont aux abois. Par exemple, à l’île Maurice, paradis touristique, une trentaine d’établissements, allant des guest houses aux hôtels cinq étoiles sont à vendre à prix cassés. Qui voudrait encore se rendre dans cette île à 12 000 kilomètres de l’Europe, qui, après avoir totalement fermé, a rouvert ses frontières en octobre mais en imposant quatorze jours de stricte quarantaine à tout visiteur?

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«Nous voulons justement nous attaquer à ce problème», déclare Guy Escarfail, vice-président innovation et engagement à la Société générale de surveillance (SGS) et cheville ouvrière de l’AOK Pass. L’idée est de faire tester le passager dans une clinique dédiée avant qu’il n’entre dans l’aéroport, puis dans l’avion – et d’assurer que les autres passagers sont aussi négatifs au covid – et qu’il puisse sortir librement à l’arrivée.»

En effet, la multinationale genevoise entend institutionnaliser le «passeport covid négatif». L’outil numérique a été développé par la start-up AOK Pass basé à Singapour. Guy Escarfail est catégorique: «La reprise des voyages en toute sécurité, tant pour les affaires que pour le tourisme, est indispensable pour faire redémarrer l’économie mondiale.»

La question de la reconnaissance de l’AOK Pass

Il y a toutefois un hic. Un passeport est fourni par l’autorité nationale à ses citoyens alors que l’AOK Pass est une initiative privée. «C’est tout le travail que nous faisons à présent pour le faire reconnaître par les aéroports et les Etats», poursuit le haut cadre de la SGS.

En réalité, les démarches sont bien avancées. Quelque 170 aéroports s’apprêtent le reconnaître. Alitalia travaille sur un projet pilote sur ses liaisons Rome-New York, Rome-Abu Dhabi et Rome-Le Caire. Des aéroports de Paris, du Japon et des Etats-Unis pourraient également rejoindre le mouvement. Etihad Airways, la compagnie nationale d’Abu Dhabi, teste déjà le trajet Islamabad-Abu Dhabi avec tous les passagers munis d’AOK Pass.

Pour la SGS, il s’agit d’une nouvelle activité née de la pandémie. Pour Guy Escarfaill, l’AOK Pass repose sur la confiance des Etats. «Avec notre vaste réseau mondial et notre expérience en matière d’inspection dans divers domaines, nous sommes bien placés pour aider à la reprise de voyages et de l’économie», conclut-il. Le projet sera présenté aux multiples acteurs jeudi à Genève.

Moitié moins de vols en septembre

Outre la SGS, la Chambre de commerce internationale, l’Organisation mondiale du tourisme, International SOS – leader mondial des soins de santé à l’international – et l’Association internationale des transporteurs aériens (IATA) sont parties prenantes à l’initiative. En septembre, l’IATA a compté 1,4 million de vols contre 2,77 millions pour le même mois en 2019, soit 51% en moins.

Le manque à gagner pour les transporteurs aériens s’élèvera cette année à 419 milliards de dollars alors que les pertes sont estimées à 84,3 milliards. Une quarantaine de compagnies aériennes ont déjà fait faillite. Même les plus grands transporteurs aux Etats-Unis et en Europe réclament de nouvelles aides publiques pour assurer leur survie. En termes d’emplois, le Covid-19 a déjà coûté près d’un million emplois directs et indirects au secteur. L’IATA n’envisage pas un retour à la normale avant 2024.

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L’Organisation mondiale du tourisme ne présente pas de tableau plus rose. Entre 100 et 120 millions d’emplois directs sont menacés et le secteur prévoit des pertes de 1200 à 2200 milliards de dollars en 2020. En Europe, les destinations touristiques – Espagne, Italie, Grèce – ont payé le prix fort.