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Combien de zéro sur la fiche de paie des patrons? Le débat se poursuit.
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Opinion

Pour un patron, gagner 300 fois plus qu’un employé n’est pas un droit

Les Suisses ont rejeté l’initiative visant à limiter les écarts de salaires à un rapport de 1 à 12 en novembre 2013, mais rien n’indique que le peuple aurait accepté une échelle de 1 à 20 ou davantage

Dans votre article «Pourquoi un patron est en droit de gagner 300 fois plus que ses employés» (LT du 7 avril), plusieurs propos attribués à un spécialiste du leadership, Simon Sinek, me surprennent et même me choquent.

Premièrement, le fait de gagner 300 fois plus constituerait un droit des patrons des grandes entreprises. En vertu de quoi ce droit existerait-il? Les salaires dans nos contrées sont le résultat de négociations privées, lesquelles n’ont pas été coulées dans une loi, que je sache. Par ailleurs, il n’y a aucun argument dans l’article qui justifie le passage de 1:20 (selon la règle de JP Morgan dans les années 1920) à 1:300, voir plus, aujourd’hui.

Multiples leaderships

Ensuite, l’idée que la hiérarchie et l’ordre de préséance seraient un principe d’organisation naturel et une nécessité issue de notre biologie. Or il me semble que c’est une vision très réductrice du monde. En effet, le leadership se décline dans de multiples dimensions – pensons par exemple aux nombreux leaders bénévoles qui animent la vie associative. Le leadership peut aussi se partager, selon les situations et les défis rencontrés.

Finalement, les leaders cités dans l’article, comme Nelson Mandela et Mère Teresa, sont devenus des leaders non parce qu’ils pensaient récolter des primes mirobolantes, mais par leur motivation intrinsèque et par leur sens du devoir. Il y a donc une distinction à faire entre le leadership, les aspirations des leaders, et les différents types de reconnaissance: sociale, morale ou financière.

Savoir-faire et savoir-être

Arriver à la conclusion que les Suisses accepteraient sans broncher de tels écarts de salaires me paraît également très exagéré. Le vote de novembre 2013 portait sur une proportion limite de 1:12. Nous ne savons pas si le peuple aurait par exemple dit oui à une limite 1:20. En outre, certaines entreprises et organisations en Suisse – certes en nombre limité – vivent très bien avec de telles limites. Je mentionne ici l’exemple de la Banque alternative suisse, qui a défini un écart maximum de 1 à 5 entre le salaire le plus bas et le plus haut.

En dernier lieu, je trouve l’idée que d’«admettre quelqu’un dans une organisation revient à adopter un enfant» très paternaliste. A mon avis, elle ne sied plus à nos économies modernes où la clé pour créer de la valeur réside dans le savoir-faire et savoir-être des employés.

Là où je rejoins Simon Sinek, c’est lorsqu’il dit que ce qui choque le public, c’est quand les dirigeants «empochent l’argent et les avantages sans assumer la part d’obligation qui leur revient», en particulier lorsqu’il s’agit d’assumer des licenciements.

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