Au beau milieu de l’hystérie collective provoquée par l’affaire des bonus payés aux cadres d’AIG, la Chambre des représentants a voté hier un projet de loi, urgemment ficelé mais largement approuvé, visant à taxer à hauteur de 90% les bonus payés avant le 31 décembre 2008 dans toutes les institutions financières ayant reçu plus de 5 milliards de dollars d’aide gouvernementale. Seuls les salaires dépassant 250 000 dollars annuels sont concernés.

Parallèlement, le Sénat se prononcera la semaine prochaine sur un projet similaire, établissant une taxe à 70%, mais touchant un spectre plus vaste de bénéficiaires.

Ce vote express, qualifié de populiste par certains, d’inapplicable sur le plan juridique par d’autres, a néanmoins reçu l’aval de Barack Obama, qui, dans un communiqué, a dit se réjouir de recevoir un texte finalisé, qui signalera clairement aux dirigeants que le paiement de bonus avec l’argent du contribuable est une pratique inacceptable.

La dimension rétroactive de la loi, notamment, pose la question de son applicabilité, mise en doute par des experts interrogés par Bloomberg. Des cadres de Wall Street ont commencé à manifester leurs craintes de devoir rembourser des sommes qu’ils ont déjà dépensées, rapporte le New York Times.

En outre, des deux côtés de l’échiquier politique, une minorité de voix s’inquiète de ce que cette loi finisse par mettre sur la défensive ou faire déserter les cadres compétents de la place financière, sur lesquels devrait pouvoir s’appuyer le processus de rétablissement de la confiance et du nettoyage des comptes des banques.

Les établissements concernés sont les plus grands noms de Wall Street, puisqu’ils sont aussi ceux qui ont touché le plus d’argent du fonds américain de sauvetage des banques (TARP): Citigroup, JPMorgan Chase, Goldman Sachs, Morgan Stanley, Wells Fargo, PNC Financial Services, US Bancorp et Bank of America.

L’année passée, plus de 18 milliards de dollars de bonus ont été versés à New York, selon les autorités fiscales citées par le Wall Street Journal.

Le projet de loi concerne aussi les bonus payés chez Fannie Mae et Freddie Mac, les deux géants du refinancement hypothécaire qui ont été les premiers à imploser dans la crise des «subprime». Il pourrait s’étendre à l’industrie automobile, dès lors qu’elle se trouve aussi sous perfusion d’argent publique. En 2008, un total de 4,4 millions de dollars de prime avait été payé à quatre hauts dirigeants de Fannie Mae et Freddie Mac pour éviter qu’ils ne démissionnent.

Timothy Geithner fragilisé

En revanche, ne tomberaient pas sous cette loi les 3,6 milliards de dollars de bonus payés chez Merrill Lynch avant le 31 décembre. Hier, Bank of America a livré les noms des 200 bénéficiaires de ces récompenses dans le cadre d’une enquête ouverte par le procureur de New York. Ce dernier veut déterminer pour quelle raison ces versements ont été faits en décembre, avant le rachat de l’établissement par Bank of America au 1er janvier, alors que, traditionnellement, ils sont versés en janvier.

La vindicte populaire s’est cristallisée depuis le début de la semaine autour du versement de 165 millions de dollars de bonus chez AIG alors que la compagnie a bénéficié de plus de 170 milliards de dollars d’aide de gouvernementale. Timothy Geithner, le secrétaire américain au Trésor, a essuyé toutes les colères, y compris au sein de son propre camp politique, où certains n’ont pas hésité à prédire sa démission.

Chargé de la tâche herculéenne de nettoyer la place financière américaine, Timothy Geithner souffre d’une crédibilité amoindrie depuis la présentation d’une première mouture de son plan de relance, que tous avaient trouvé insuffisamment détaillée.

Attendu au contour sur le second volet de son plan, qu’il devrait révéler incessamment en expliquant comment il compte soulager le bilan des banques des actifs toxiques qui les empoisonne, Timothy Geithner est très déstabilisé par le scandale des bonus d’AIG. Accusé de n’avoir aucun suivi des fonds publics injectés dans les banques, il s’est justifié hier sur la chaîne CNN: «J’ai été informé mardi [10 mars] du paiement des bonus. Je n’étais pas en position d’être au courant plus tôt, j’en assume l’entière responsabilité.»