La politique économique de l’administration Trump et ses conséquences sur l’Europe, l’impact du Brexit, des élections en Allemagne, en France et probablement aussi en Italie en 2017. Face à autant d’incertitudes, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé jeudi de maintenir le cap en matière de politique monétaire. Les principaux taux d’intérêt restent inchangés à leur niveau proche de zéro. Le programme d’achats d’actifs au rythme mensuel de 80 milliards d’euros se poursuivra jusqu’en fin mars 2017. Puis il sera ramené à 60 milliards jusqu’en décembre 2017 et au-delà si nécessaire. «Dans tous les cas, nous restons prêts à ajuster notre action», a déclaré jeudi Mario Draghi, président de la BCE, à l’issue de la réunion du Conseil des gouverneurs.

Les places financières européennes ont salué les annonces de Mario Draghi jeudi après-midi. Selon Christopher Dembik, économiste en chef de la banque Saxo à Paris, la BCE a montré sa détermination et sa flexibilité pour atteindre ses objectifs. Il fait aussi remarquer que les mesures prises à ce jour commencent à produire des résultats, surtout en matière d’inflation, qui atteindra 1,3% en 2017. A ce propos, le président de la BCE n’a pas caché sa satisfaction tout en disant que l’objectif de 2% n’était pas encore atteint.

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Du côté de la croissance, la BCE a relevé légèrement ses prévisions pour 2017. Elle table désormais sur un taux de 1,7%, contre 1,6% prévu auparavant. «Mais elle sera plus faible l’année suivante, relève Christopher Dembik. Dans ce contexte, la BCE doit garder les coudées franches pour pouvoir poursuivre son programme d’assouplissement monétaire.» Tel est aussi l’avis d’Andreas Ruhlmann, chef économiste de la banque IG à Genève. «Il n’y a aucune raison d’y mettre un terme, dit-il. L’inflation reste faible et les augmentations salariales ne sont pas suffisantes pour relancer la consommation.»

Marge de manœuvre étroite

Selon Andreas Ruhlmann, les annonces faites par Mario Draghi jeudi montrent toutefois une certaine faiblesse. «Tout indique que la BCE peine à trouver des obligations à racheter, d’où la baisse du montant mensuel des achats à hauteur de 60 milliards d’euros», explique-t-il.

«La marge de manœuvre de la BCE est plus étroite que celle de la Réserve fédérale, dont le Comité de politique monétaire se réunira la semaine prochaine, poursuit l’économiste de la banque IG. Les dés sont jetés aux Etats-Unis où le nouveau président prendra ses fonctions en janvier. En Europe, les incertitudes restent de mise, notamment en Allemagne, en France et sans doute en Italie, qui renouvelleront leur parlement respectif l’année prochaine.»

Christopher Dembik de la banque Saxo minimise. «Il ne faut pas exagérer les conséquences des élections, dit-il. Elles confirmeront sans doute la montée du populisme, mais les marchés ont intériorisé cette donne. Le vote en faveur du Brexit, l’élection de Donald Trump et l’échec de Matteo Renzi dimanche dernier en Italie n’ont pas bouleversé les fondamentaux.»