*Directeur, Louis Capital Markets, Genève

Cette nuit la réserve fédérale américaine annoncera un nouvel assouplissement quantitatif, appelé plus communément : Qe3.

Malheureusement et paradoxalement, la réaction des marchés pourrait être bien différente par rapport aux précédents assouplissements américains.

L’objectif initial d’un Qe est d’assurer la stabilité du système financier. Lorsqu’il n’y a plus de liquidités (les banques ne prêtant peu ou plus et ne se prêtant plus entres elles) dans le système financier, l’assouplissement quantitatif permet de fournir un refinancement à court terme. Y-a-t-il besoin de rappeler que le manque de confiance des banques centrales avait déjà paralysé tout le système financier des pays (dits) développés à partir de fin 2008 ? Concrètement, cela signifie que c’est un processus par lequel la banque centrale achète des actifs financiers, principalement des obligations émises par l’Etat ou par des entreprises privées. Les achats d’obligations d’Etat ont pour but d’accroître rapidement la quantité de monnaie disponible dans le système économique, tandis que ceux ciblés vers la dette d’entreprises privées visent à assouplir les conditions de financement des agents économiques privés.

Le phénomène de l’assouplissement quantitatif est très important et ses effets sont souvent minorés par la communauté financière. Ses conséquences peuvent être dramatiques. D’un côté, le constat peut être amère d’un surplus massif d’argent ayant été injecté et d’un autre côté une sombre constatation que l’argent injecté n’aura pas servi à grand-chose et surtout qu’il n’aura pas atteint le but principal : le retour de la croissance et de la consommation américaine. Le Qe a comme effet de baisser la valeur de la monnaie (donc dans notre cas du dollar) et de diminuer les rendements des bons du Trésor.

Le Japon a plusieurs expériences d’assouplissement quantitatif (2001-2006 et 2006-2009) avant les Etats-Unis, dont les effets sont loin d’être concluants. Le gouverneur de la Banque Centrale japonaise de l’époque avait d’ailleurs reconnu que si la stratégie était assez effective pour stabiliser les marchés financiers, elle avait peu d’impact pour lutter contre la stagnation japonaise tout simplement parce que les banques ne voulaient pas prêter et les entreprises ne désiraient pas emprunter.

Nous avons plus ou moins la même situation aux US et surtout en Europe ou les banques ne sont pas très désireuses d’octroyer de nouveaux crédits malgré le fait que la demande d’emprunts de la part du secteur privé soit faible. L’assouplissement quantitatif a donc du mal à atteindre le secteur privé.

Le Qe1 mis en place aux Etats-Unis de décembre 2008 à mars 2010 visait à contrecarrer le risque de déflation. La réserve fédérale américaine avait injecté près de 1700 milliards de dollars dans l’économie locale. Elle avait acheté des obligations du Trésor et des titres adossés à des hypothèques. Le Qe1 était arrivé au creux de la grande récession, lorsque la peur avait grippé la machine financière. Ceci avait contribué à stabiliser les marchés. Les rendements de la dette du trésor américain avaient baissé, mais l’assouplissement avait aussi contribué à faire baisser les taux d’intérêt élevés sur la dette émise à titre privé, y compris les obligations de sociétés et obligations municipales.

Le Qe 2, décidé par la réserve fédérale américaine le 3 novembre 2010 s’était lui élevé à 600 milliards de dollars La Fed espérait avec cette deuxième salve réitérer le succès du premier.

En achetant des actifs financiers, la Fed tentait une relance monétaire en injectant de l’argent dans l’économie ou vulgairement fait tourner la planche à billets.

Cependant, actuellement, le problème est différent, car les taux d’intérêt sont proches de zéro sur la dette du Trésor à court terme, la réserve fédérale américaine est donc dans l’obligation, si elle veut injecter de l’argent dans le système de se tourner vers la dette à plus long terme. Autre problème, si le rendement des investissements des États-Unis baisse encore, davantage d’argent se dirigera vers d’autres pays. Ainsi, la relance monétaire américaine serait effectivement positive, mais pas pour les États-Unis.

Les stimuli budgétaires pratiqués par les Etats Unis ont montré leurs limites, la reprise n’a pas été à la hauteur des espérances, tant au niveau du taux de croissance (+2.6% en termes réels en 2010) qu’au niveau du taux de chômage. La machine est belle et bien grippée.

Tous les ralentissements de la croissance américaine depuis la sortie de 1929 ont été suivis par une action. La croissance n’est actuellement pas au rendez-vous et les prévisions de croissance pour les Etats-Unis (comme pour l’Europe d’ailleurs) ne sont pas non-plus au rendez-vous. Rappelons ici, que contrairement au mandat de la BCE, celui de la réserve fédérale américaine est bien de relancer la croissance (et faire diminuer le chômage), sans trop se soucier de l’inflation.

La réserve fédérale devrait donc annoncer ce jeudi une modification de son portefeuille d’actifs afin de se focaliser sur des obligations d’Etat US à long terme et baissant l’ensemble des taux d’intérêt. Il n’y aurait pas de réelle modification de la taille des achats.

Cependant, le nouveau colmatage pourrait s’avérer encore moins efficace que les 2 premiers. Si Ben Bernanke avait loué les deux premiers Qe, la mise en place d’un troisième n’est-il pas finalement un aveu d’impuissance?

Après l’annonce du Qe3, la communauté financière pourrait bien prendre exemple sur ce qui s’était passé après les accords de Bruxelles du 21 juillet 2011 (aide concertée des chefs d’état, des gouvernements de la zone euro et des institutions de l’Union européenne pour la Grèce et l’Irlande). En effet, suite à la réunion belge, les indices européens s’étaient effondrés en moyenne de 25% en quelques semaines seulement. Les investisseurs avaient considéré que malgré les montants injectés pour le sauvetage d’un maillon faible (la Grèce en l’occurrence), cela ne suffirait pas à stopper la contagion vers d’autres pays. Sans annonces et actions fondamentales sur le fond du problème de la dette, il n’y aurait pas de répit car la confiance ne serait pas rétablie.

En fait, la réelle question est bien, non pas d’inonder le marché de liquidité, mais bien de rétablir la confiance, véritable moteur d’une reprise économique certaine. Mais comment rétablir la confiance dans un pays qui n’arrive même pas à tomber d’accord sur le plafond de sa dette et ceci à 1 an des élections présidentielles? Les marges de manœuvre sont donc faibles tant en Europe qu’aux Etats-Unis. La défiance vis a vis des politiques, l’absence de vision de ces derniers et leur incapacité à ramener la confiance sont des problèmes qui devront être résolus avant que ne revienne la croissance.