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Un quart du personnel de Bucher Industries en Suisse est menacé par l’initiative

En vingt ans, le fabricant de machines agricoles a gardé un effectif stable en Suisse. Si l’initiative est acceptée, la firme manquerait de personnel qualifié, redoute son directeur Philip Mosimann

Le 9 février, commentun oui menacerait Bucher

Industrie Si l’initiative «Contre l’immigration de masse» était acceptée, le groupe aurait des difficultés

Le fabricant de machines risquerait de délocaliser 250 postes à l’étranger

«Depuis les années 1990, le nombre d’employés de Bucher Industries en Suisse est resté stable aux environs de 1000 personnes», se félicite Philip Mosimann, son directeur. Préserver les emplois dans le pays n’est jamais acquis, souligne le Bâlois qui habite Saint-Gall. Depuis son bureau sis à Kloten, on aperçoit au loin les mouvements d’avions qui s’apprêtent à décoller. Un endroit idéal pour le patron du groupe qui compte 10 000 collaborateurs, en forte croissance à l’international. En dix ans, le fabricant de machines agricoles et de véhicules communaux a pratiquement doublé ses effectifs à 9000 personnes à l’étranger, tandis que son personnel en Suisse a pu être maintenu. Environ un quart des effectifs en Suisse provient de l’étranger.

Partant de l’exemple de son entreprise, Philip Mosimann énumère les problèmes qui résulteraient d’un oui à l’initiative «Contre l’immigration de masse», en particulier concernant le recrutement de personnel qualifié et l’accès au marché européen. «Si elle est acceptée, l’initiative menace directement 250 emplois en Suisse, soit le quart de notre personnel dans le pays», évalue l’ingénieur de formation.

L’introduction de systèmes de contingents compliquerait non seulement le recrutement de nouveaux collaborateurs à l’étranger, mais affecterait aussi ses effectifs actuels. Sur son principal site helvétique à Niederweningen, à la limite entre les cantons de Zurich et d’Argovie, 18% des employés sont des frontaliers. Les trois quarts des collaborateurs étrangers proviennent d’Allemagne. «Les frontaliers entrent aussi dans la catégorie du personnel soumis au contingentement», rappelle-t-il. Seuls les étrangers installés en Suisse au bénéfice d’un permis B ou C y échappent. Les deux autres sites, plus à l’intérieur du pays, seraient aussi affectés: à Neuheim, dans le canton de Zoug, et Frutigen, dans l’Oberland bernois, les étrangers représentent respectivement 30 et 15% du personnel.

Philip Mosimann redoute les lourdeurs administratives liées à un système des contingents. «Pour repourvoir un poste, il serait nécessaire, tout d’abord, de déposer une demande à Berne. Puis, après avoir obtenu une autorisation, il serait possible de recruter un collaborateur ou une collaboratrice hors de Suisse», explique l’industriel. «Un procédé coûteux, lent et imprévisible», martèle-t-il, alors que l’entreprise évolue dans un environnement où il faut agir vite, «très vite».

Un tel système freinerait le recrutement de spécialistes hautement qualifiés, indispensables aux activités de recherche et développement du groupe: «Dans la construction de véhicules, nous dépendons beaucoup des Allemands. Il n’y a tout simplement pas assez d’ingénieurs formés en Suisse. En comparaison, vous avez quatre instituts à Aix-la-Chapelle qui proposent ce type de formation. Très peu d’étudiants suisses sont prêts à partir étudier à l’étranger pour se former dans ce domaine.»

Il bat en brèche l’idée selon laquelle les entreprises engagent surtout du personnel étranger à bas coût. Graphique à l’appui, il démontre que sur le site de Niederweningen (environ 400 emplois), aucun collaborateur étranger sans formation n’a été engagé au cours des cinq dernières années. En 2010, la dizaine d’employés recrutés à l’étranger étaient tous qualifiés. En 2012 et 2013, tous les collaborateurs issus de l’étranger avaient une formation supérieure (haute école ou haute école spécialisée).

Début décembre, une étude présentée par Swissmem indiquait que les trois quarts des entreprises des machines, des équipements électriques et des métaux (MEM) sondées par l’institut BAKBasel ont des difficultés à recruter des spécialistes. A la question de savoir quelles seraient les conséquences d’une suppression de la libre circulation des personnes avec l’UE, 39% des entreprises interrogées déclaraient qu’une telle mesure augmenterait la probabilité d’une délocalisation de sites de la société à l’étranger.

Outre cet aspect, Philip Mosimann s’inquiète de l’accès au marché. L’unité Bucher Municipal exporte des machines telles que des balayeuses mécaniques essentiellement en Europe. Or, une acceptation de l’initiative peut entraîner le déclenchement de la «clause guillotine». Sans accords bilatéraux, l’accès aux marchés publics serait remis en question, tout comme l’homologation des machines dans l’UE. C’est pourquoi 250 places de travail seraient «directement menacées par l’initiative», juge-t-il. Dans un tel cas de figure, certaines activités de Bucher seraient délocalisées à l’étranger, par exemple sur ses sites en Lettonie ou en Grande-Bretagne. Selon lui, débattre de la réaction de l’UE en cas d’acceptation de l’initiative n’est que «pure spéculation». «Il serait insensé de prendre le risque de démolir un pont avant d’en avoir bâti un nouveau», conclut-il.

Le retour à un système de contingents serait «un procédé coûteux, lent et imprévisible», juge Philip Mosimann

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