Daniel Vasella, patron de Novartis, a clairement annoncé la couleur au début de l'année: il entend faire de Sandoz, la marque regroupant les médicaments génériques de la multinationale bâloise, le leader mondial de la spécialité et dépasser l'Israélien Teva. En annonçant lundi le rachat, pour 565 millions de dollars (699 millions de francs), de l'entreprise canadienne Sabex, sixième société du genre au Canada, également présente sur le marché aux Etats-Unis, Novartis place ses pions outre-Atlantique.

L'opération vaut son pesant d'or pour le vendeur: 6,3 fois les ventes annuelles, soit près du triple du prix habituellement payé pour ce genre d'acquisitions. Sandoz, après avoir surenchéri deux fois, s'était arrêté à 2,5 fois les ventes annuelles lors de l'achat du slovène Lek en novembre 2002 pour 1,3 milliard de francs suisses. «C'est effectivement très cher si on emploie une méthode comparative, mais en chiffres absolus, 565 millions de dollars pour Novartis, qui réalise un chiffre d'affaires annuel de 2,906 milliards de dollars uniquement avec Sandoz, c'est tout à fait raisonnable», note Michel Venanzi, gérant de fonds de placement pharmaceutiques pour LODH.

Forte pression sur les prix

Le marché des génériques est considéré comme un secteur où les bénéfices sont orientés à la hausse à cause de la pression sur les prix exercée par les Ministères de la santé en Europe, mais également aux Etats-Unis en raison d'une forte prime au premier générique approuvé, octroyée sous forme d'une exclusivité de six mois. «Cette règle est intelligente car elle force les entreprises axées sur les produits de marque à inventer de nouveaux médicaments innovants brevetés au lieu de prolonger la vie d'anciens produits par des campagnes de marketing», souligne le gérant de LODH.

Le moteur de croissance des génériques se mesure à la lumière des médicaments à fort chiffre d'affaires qui arrivent en fin de brevet, et, de plus en plus, à la force de frappe juridique des entreprises qui parviennent à «casser» un brevet avant son échéance. C'est ce qui a fait la gloire et la fortune de l'entreprise américaine Barr, en 2001, lorsqu'elle a provoqué, en trois mois, la chute de 80% des ventes de Prozac, le médicament phare antidépresseur d'Eli Lilly.

Les analystes estiment que des ventes de médicaments pour 3 à 6 milliards de dollars par an seront offertes ces prochaines années au secteur des génériques à cause de la perte automatique de brevets. Les investisseurs s'intéressent de plus en plus à ce secteur. Après LODH, qui a introduit en mai 2003 un produit structuré comprenant 10 titres «génériques», Pictet a annoncé lundi le lancement d'un fonds de placement spécialisé. La banque estime que les ventes des producteurs de médicaments génériques vont croître de 25 à 30% de 2004 à 2008, contre 5 à 7% pour le secteur pharmaceutique traditionnel.

Teva, premier grand fabricant globalisé de génériques, très présent aux Etats-Unis, a réalisé un chiffre d'affaires de 3,27 milliards de dollars en 2003. Il a encore une longueur d'avance sur son poursuivant Sandoz, mais a récemment annoncé sa ferme intention de se renforcer en Europe, où il a acquis, en 2002, la filiale générique de l'allemand Bayer, qui était basée en France. En acquérant le canadien Sabex, Sandoz entend également mieux maîtriser la technique de fabrication, en seringues, de biogénériques, des médicaments dont le mode de production est particulièrement délicat à imiter.