Gouvernance

Un rapport d’audit accuse une ONG genevoise

Sanctionné par ses bailleurs de fonds, le Centre international pour le commerce et le développement durable a cessé ses activités fin novembre. Son directeur se défend de toucher des salaires excessifs

Le Centre international pour le commerce et le développement durable (CICDD), sis à Genève, n’a pas fini de faire parler de lui. Sa fermeture de façon inattendue le 30 novembre, avec à la clé le licenciement sans préavis et sans dédit de ses 50 collaborateurs, avait déjà choqué le milieu associatif de la Genève internationale. Depuis, les langues se délient et c’est ainsi qu’un rapport d’audit en notre possession met sévèrement en cause la gestion de l’organisation.

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L’audit a été mené en septembre par une équipe de la coopération internationale britannique, le principal bailleur de fonds du CICDD. Contactés par Le Temps, ses responsables se refusent à tout commentaire. Ils ont tout de même confirmé qu’ils avaient cessé le financement en raison d’une gestion qui ne correspondait plus à leur standard.

940 francs par jour de travail

Le rapport pointe du doigt de multiples excès. A commencer par les salaires et allocations de la direction. Ceux du directeur, Ricardo Melendez, pour 2018 se montaient à 543 000 francs. «C’est 1,7 fois supérieur à une position comparable à Genève, note les auteurs. C’est aussi l’équivalent de 750 livres (940 francs) par journée de travail.» Pour pousser la comparaison plus loin, le rapport affirme que les rémunérations du directeur totalisaient 11% de l’ensemble des salaires du CICDD pour 2018. C’était aussi le seul salaire qui avait automatiquement droit à une hausse de 3% par an.

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Outre les salaires, le rapport met aussi en cause de nombreux voyages effectués par la direction en violation des règles internes. Il s’agit notamment des voyages en première classe et ceux n’ayant pas respecté les procédures. L’utilisation des cartes de crédit est également pointée du doigt, tout comme les prêts pour logements dont ont bénéficié les hauts cadres.

«Le directeur n’a pas respecté le code de conduite en engageant son frère à titre de consultant, écrivent les auteurs. Il n’a pas révélé cette information au conseil d’administration.» En réalité, à plusieurs reprises, le conseil d’administration est pris à partie dans le rapport pour son manque de contrôle de la gestion financière de l’organisation.

Sauver le CICDD

Contacté par Le Temps, Ricardo Melendez conteste les conclusions. Il affirme aussi qu’il a maintenant fourni les justifications manquantes des voyages et qu’il a aussi réglé les notes des cartes de crédit utilisées pour des besoins personnels. En ce qui concerne ses salaires, il maintient qu’ils sont les mêmes que ceux en vigueur pour des positions comparables. A ce propos, il tient à ajouter que, contrairement aux salariés onusiens, son salaire est imposé à Genève. «J’ai fourni beaucoup d’informations complémentaires aux auteurs de l’audit afin qu’ils modifient leur rapport», poursuit Ricardo Melendez. Il a également engagé un avocat genevois pour examiner les suites à donner à cette affaire.

«Entre-temps, je veille à la cessation ordonnée des activités, tout en essayant de préserver l’intégrité des connaissances intellectuelles que le CICDD a accumulées ces dernières années, poursuit le directeur. Je n’exclus pas la possibilité de renverser le processus actuel de liquidation et de repartir sur de nouvelles bases.»

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