Au terme de trois mois d’âpres négociations, les organisations syndicales et le patronat français ont arraché le 11 janvier dernier un accord sur la sécurisation de l’emploi. Le chef de l’Etat, François Hollande, a salué «ce succès du dialogue social». Depuis l’échec de la négociation de 1984 sur la flexibilité, c’est la première fois qu’un tel texte est approuvé en France. En cela, les signataires (CFDT, CFTC, CGC pour les centrales syndicales et le Medef pour le patronat) l’ont qualifié d’historique.

Pour résumer, les entreprises devraient être mieux armées pour affronter la crise en négociant des accords de compétitivité-emploi et en bénéficiant de procédures de licenciements économiques simplifiées, ce qui, pour ce second point, constitue une véritable rupture avec les politiques menées depuis 40 ans.

En échange, les salariés verront leur complémentaire santé généralisée et la couverture prévoyance des demandeurs d’emploi améliorée. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime que l’accord peut «freiner de manière importante la hausse du chômage», mais pas l’inverser, un recul n’étant pas espéré avant, au mieux, 2014. Le chômage, qui est au plus haut depuis 15 ans en France, a poursuivi sa progression pour le 19e mois consécutif en novembre pour atteindre 4,58 millions de personnes pointant à Pôle emploi (10,3% de la population active). Les travailleurs les plus âgés et les plus jeunes demeurent les plus touchés.

C’est le volet flexibilité qui retient le plus l’attention dans l’accord passé entre les partenaires sociaux. Dans un entretien accordé au quotidien Les Echos, l’économiste Hervé Boulhol, en charge de la France à l’OCDE, souligne «que ce dispositif combiné avec les nouveaux droits octroyés aux travailleurs va permettre aux entreprises de s’adapter aux chocs conjoncturels». «La France ainsi se rapproche du modèle germanique dans des domaines qui ont été couronnés de succès depuis le début de la crise», poursuit-il. Le Financial Times, le journal des milieux d’affaire anglais et de la City, parle même de «flexibilité à l’allemande qui pourrait revitaliser une économie française à la peine».

Le paragraphe le plus marquant du volet flexibilité concerne la possibilité de conclure un accord d’une durée maximale de deux ans prévoyant une baisse de salaire et une augmentation du temps de travail ou le recours à du temps partiel en échange d’un engagement de maintien de l’emploi. «C’est une vraie rupture avec le passé», se félicite Patrick ­Lucotte, délégué général de la Chambre syndicale de la métallurgie de Haute-Savoie. «Cette mesure nous aurait permis de mieux passer la crise de 2008-2009 qui n’a pas épargné l’industrie du décolletage dans la vallée d’Arve.» «D’autres mesures telles que la simplification du recours au chômage partiel sont bien perçues, enchaîne un chef d’entreprise de Cluses. Plus généralement, la nouvelle souplesse dans la gestion des licenciements est une disposition que nous réclamions depuis des lustres. Un patron devrait pouvoir lancer des projets et recruter du personnel sans se dire que, si ça tourne mal, il devra fermer boutique.»

Jean-Louis Paleni, gérant de ­Vigny-Depierre, plus grand groupe d’assurance haut-savoyard, estime de son côté que l’accord ne va pas assez loin: «Cette flexibilité de l’emploi est encore loin d’atteindre celle qui prévaut par exemple en Suisse. Je suis admiratif de l’incroyable réactivité de nos voisins, on y embauche, débauche et rembauche avec rapidité. Chez nous, les contraintes sociales sont telles que l’on ne peut pas réguler la main-d’œuvre selon les besoins du moment.»

La classe politique, hormis le Parti socialiste (PS) du président Hollande, est dans son ensemble perplexe. L’UMP (premier groupe d’opposition de droite) ne détache aucune mesure concrète en faveur des entreprises et pointe la future surtaxation des contrats courts (CDD) «qui est une menace supplémentaire pour l’emploi et la compétitivité». A gauche du PS, on estime que quelques miettes ont été lâchées aux salariés, comme la présence désormais des représentants du personnel dans les conseils d’administration. Et l’on rappelle que l’accord de maintien dans l’emploi «sévit» déjà dans certaines entreprises, dont le constructeur Renault, qui vient d’annoncer qu’il allait supprimer 7500 emplois en France d’ici à 2016.

«L’accord est au fond plutôt modeste, mais je retiendrai ce point positif: pour la première fois, il y a eu un vrai dialogue entre patronat et syndicats, signe d’une nouvelle maturité de la société civile», précise Antoine Vielliard, conseiller général de Haute-Savoie et président départemental du MoDem (centre). L’entrepreneur de Cluses résume: «Pour peu qu’on en finisse avec les procès d’intention souvent faits au patronat, un climat de confiance peut s’instaurer. Cela ne signifie pas que les Français vont tous très vite retrouver un travail mais qu’un consensus se dégage pour les y aider.» Le gouvernement présentera le texte en procédure d’urgence en avril prochain à l’Assemblée nationale puis au Sénat.

«La France se rapproche ainsi du modèle germanique»