Est-ce un problème que Swisscom utilise anonymement nos données de localisation? Pourquoi cette application de météo accède-t-elle à ma géolocalisation même quand je ne l’utilise pas? Cette app bancaire ne demanderait-elle pas trop d’informations sans lien avec les services qu’elle propose? Ces questions, nous nous les posons de plus en plus souvent. Via nos découvertes personnelles d’applications parfois trop intrusives. Et aussi, régulièrement, via l’éclatement de scandales mettant au jour les pratiques édifiantes de concepteurs d’apps sans scrupule, désireux de récolter un maximum d’informations.

Mais le plus souvent, cette curiosité malsaine est sans conséquence pour nous, en Occident. Dans un contexte différent, l’abus de l’utilisation non consentie de données personnelles peut avoir d’énormes conséquences, comme le met en lumière un site web récemment mis en ligne par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Intitulé «Digital Dilemmas», il nous place dans la peau d’un réfugié aux besoins aussi primaires qu’essentiels: se connecter à internet et être capable de recevoir de l’argent.

Au fil des aventures de ce réfugié, on se rend compte du comportement parfois prédateur de certains acteurs. Cet opérateur télécoms va-t-il revendre ses informations personnelles à des services de sécurité? Quel sera le comportement des banques? Et sans parler des données biométriques, si sensibles.

D’où l’intérêt, en permanence, de protéger nos données, à tous les niveaux: ici en Occident, pour éviter qu’elles ne tombent entre les mains d’acteurs du marketing sans scrupule. Ou ailleurs, dans des zones en conflit, où les conséquences peuvent être autrement plus dramatiques.

Et parfois, les deux mondes se mélangent, comme l’a révélé une récente enquête du site spécialisé américain Motherboard. En résumé, les Etats-Unis ont acquis des données, notamment de localisation, revendues par des acteurs tiers et issus d’applications rappelant par exemple à leurs utilisateurs de faire leurs prières quotidiennes. Il s’agit notamment de l’app Muslim Pro: il y a eu siphonnage et revente de données personnelles, avec des suites imprévisibles et potentiellement dévastatrices.