«C’est la première fois qu’un journaliste est expulsé à la demande d’un groupe privé», s’emporte John Helmer. Le vétéran des correspondants étrangers à Moscou assure que les «pressions» du plus grand conglomérat métallurgique du pays sont à l’origine de la décision des autorités de ne plus le laisser rejoindre sa famille en Russie. Et ce, depuis septembre 2010. «Trois fois la justice a écarté les recours de ma femme, une nouvelle audience est prévue le 23 décembre», explique ce dernier au téléphone, cachant son lieu de résidence en Europe. Par crainte pour sa sécurité.

Précédentes tentatives d’agression

Travaillant pour le quotidien sud-africain Business Day, le journaliste est surtout l’auteur d’un blog corrosif très suivi – «Dances with Bears» – chroniquant la vie des affaires des oligarques. Et en particulier celles d’Oleg Deri­paska, baron de l’aluminium fondateur du géant Rusal. «L’indice le plus clair des motivations profondes de la décision de ne pas renouveler mon visa a été prononcé il y a un an, en face de ma femme, au Ministère des affaires étrangères: «Helmer écrit de mauvaises choses sur le pays», relate le reporter. Avant de souffler: «Par Russie, il voulait dire Rusal.»

John Helmer avait, fin 2009, fait l’objet d’une tentative d’agression à Moscou, qu’il attribuait déjà à l’entourage du groupe industriel (LT du 28.01.2010). Comme à l’époque, le géant de l’aluminium a réfuté toutes ces mises en cause. Et répété mardi encore, dans les colonnes du Moscow Times, «n’avoir aucun rapport avec tout cela».