Gestion

Un réseau social dans l’entreprise

Groupe E, énergéticien dans le canton de Fribourg, utilise depuis bientôt une année Beekeeper, une application pour communiquer à l’interne. Une solution que toujours davantage d’entreprises adoptent, pour faciliter les échanges et pour bénéficier d’une image moderne

«J -2 heures avant le premier match», a posté José Romay, chef de chantier chez Groupe E Connect, accompagné d’une photo de la BCF Arena, la patinoire du club de hockey Fribourg-Gottéron.

Une publication qui a suscité des «j’aime» et des commentaires. Facebook? Instagram? Non, nous sommes sur Beekeeper et les «amis» de José Romay sur ce réseau social sont ses collègues et ses supérieurs hiérarchiques. La patinoire rénovée est en partie le fruit de son travail et de celui de ses collègues. Il en a partagé la photo sur ce qui est devenu la plateforme de communication officielle de l’entreprise il y a bientôt un an.

Beekeeper, créé en 2012 en Suisse par deux étudiants de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, et qui vient de bénéficier d’une levée de fonds de 45 millions de dollars, compte aujourd’hui des bureaux dans cinq pays. L’application permet, sur mobile et sur ordinateur, un accès à son agenda, des posts de tous formats, des partages de documents ou des échanges privés.

Groupe E, qui fournit en Suisse occidentale des produits et services dans les installations électriques et la distribution de gaz naturel notamment, regroupe plusieurs sociétés. L’ensemble des collaborateurs de Groupe E, soit plus de 2000, peuvent échanger sur le canal commun de Beekeeper. 

Pour les «sans bureau fixe»

Il existe bien d’autres applications de communication interne, comme Slack, ou Workplace – créée par Facebook et que Nestlé a adoptée en janvier dernier –, mais Beekeeper s’adresse à certaines entreprises en particulier: «Nos services ciblent précisément les «sans bureaux fixes», ceux qui travaillent sur le terrain ou comme techniciens et n’ont pas forcément d’adresse e-mail», précise William Babakhian, responsable Suisse romande chez Beekeeper. Un aspect qui a poussé le centre de distribution Migros de Suhr en Argovie à opter pour cette solution en février dernier. Europa-Park et Holcim l’utilisent également.

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C'est cette dimension qui a parlé à Groupe E, dont la majorité des employés travaillent hors bureaux. «Nous pouvons maintenant communiquer directement avec les automaticiens, les chauffagistes et autres collaborateurs de terrain qui sont souvent seuls dans des endroits différents, se réjouit Hugues Perroud, directeur des ressources humaines chez Groupe E Connect, l’une des sociétés du groupe. Avant ils passaient par les succursales pour chercher le matériel et s’informaient sur les communications d’entreprise via des écrans, mais ce n’est plus forcément le cas. Il est important dans une grande structure que les collaborateurs soient informés et sentent qu’ils font partie de l’entreprise.» Un moyen de fédérer et de stimuler l’engagement des collaborateurs, donc.

Beekeeper est devenu le canal de communication officiel de l’entreprise, pour une somme d’environ 250 000 francs pour trois ans, le coût étant calculé sur la base d’une licence par collaborateur. C’est aussi le lieu d’échanges moins formels, comme des photos d’un projet terminé qui permettent «d’échanger de bonnes pratiques», estime José Romay, ou même d’aspects plus privés: «Nous découvrons d’autres côtés de nos collègues, souligne le chef de chantier. Je suis aussi assistant coach de basket et j’ai partagé notre victoire la semaine dernière, c’était une source de fierté et c’était sympa d’avoir des commentaires.»

Ce côté réseau social n’engendre-t-il pas une perte de temps? «Je ne pense pas, nous faisons appel au bon sens de nos collaborateurs pour qu’ils trouvent le bon équilibre entre les moments où ils s’informent comme ils le feraient par e-mail et ceux où ils travaillent, répond Yves-Laurent Blanc, spécialiste communication chez Groupe E. Il n’y a de toute façon que quatre ou cinq posts par jour en tout.» Mais le directeur RH espère rendre la plateforme plus interactive: il se rend compte que tous n’osent pas prendre la parole, même virtuelle, devant toute l’entreprise. «Les collaborateurs peuvent être réticents à communiquer sans filet, et craindre de se discréditer», réagit Frédéric Dumonal, directeur de la formation continue chez CREA et spécialiste du marketing numérique.

Pour attirer de potentiels collaborateurs

Mais communiquer avec ce genre d’outils, c’est aussi se doter d’une certaine image. Auprès des collaborateurs qui auront peut-être des envies de mobilité interne en découvrant ce que font leurs collègues, mais aussi auprès de potentiels futurs employés, confirme Hugues Perroud. «Ces outils laissent entendre qu’une entreprise est moderne, commente Frédéric Dumonal. Cela a d’autant plus un impact au moment de recruter. Ces pratiques sont d’ailleurs souvent instaurées sur l’impulsion d’un nouveau collaborateur qui les a utilisées ailleurs.»

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Sont évidemment bannis chez Groupe E les posts à caractère injurieux ou autres types d’offenses, et également les messages politiques. Mais des remarques négatives ne sont pas supprimées, expose Hugues Perroud. «Un collaborateur a manifesté son mécontentement en lien avec les transports prévus suite au repas de fin d’année. C’est important de répondre à ce type de demandes. Avant, la communication allait beaucoup du haut de l’entreprise vers la base, mais il est important que tous puissent s’exprimer.»

La question des données de Groupe E se pose aussi. «Elles peuvent être stockées en Suisse, en Allemagne, en Irlande ou aux Etats-Unis et sont bien sûr confidentielles», assure William Babakhian de Beekeeper.

De plus en plus d’entreprises adoptent ce type de plateformes, en complément ou remplacement de la boîte e-mail et de l’intranet. Est-ce ce qui attend toutes les sociétés? «Beaucoup ont déjà un usage très limité des e-mails, constate Frédéric Dumonal. Les entreprises s’alignent sur ce que font les autres, ces plateformes deviendront bientôt un standard.» Une information à laquelle José Romay aurait sans doute mis un «j’aime».

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