Intelligence artificielle

Un robot qui vous rémunère pour vous remplacer

Avec son projet «robotMe», la fondation genevoise ImpactIA veut adoucir le choc de l’arrivée de l’intelligence artificielle sur le marché du travail

Il s’appelle «robotMe» et il pourrait remplacer des employés à très brève échéance. Mais la bonne nouvelle est que ce concentré d’intelligence artificielle créé à Genève rétribuera ceux qui l’auront aidé à apprendre un nouveau métier. C’est la vision de la fondation ImpactIA, qui veut lisser l’effet de l’intelligence artificielle sur le monde du travail et permettre aux entreprises d’utiliser ces technologies devenues accessibles.

Près d’une activité sur deux pourrait être automatisée grâce aux technologies existantes, affirmait le cabinet de consultants McKinsey en 2017. Mais dans certains métiers, comme ceux de la comptabilité, la proportion est plus proche de 80%, estime Laura Tocmacov, directrice d’ImpactIA et spécialiste de l’insertion professionnelle: «Face au bouleversement que provoquera l’intelligence artificielle, les humains possèdent un seul capital: leurs données. Les géants d’internet les utilisent pour générer de l’argent, nous avons cherché une solution pour que ces données deviennent aussi une source de rémunération pour les humains.»

Favoriser la transition professionnelle

Cette solution existe et sera dévoilée lors d’une conférence organisée le 2 octobre à Genève. «RobotMe est un double numérique qui apprend de vous et mutualise ses connaissances avec d’autres robots. Par ailleurs, il note, dans sa blockchain, quels collaborateurs ont contribué à son apprentissage d’un métier», poursuit Laura Tocmacov. Lorsque par la suite le robot effectuera une tâche pour une entreprise, une partie de sa rémunération reviendra à ces propriétaires des données… qui auront entre-temps été remplacés par la machine. Les humains ne feront pas fortune, mais ils pourront utiliser ces ressources pour se former à de nouveaux métiers, moins automatisables.

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Le projet robotMe vise aussi les entreprises, car il stockera les compétences de l’ensemble des collaborateurs. Il pourra conseiller un patron sur les savoir-faire manquants à son organisation, ou aiguiller les employés vers les orientations à prendre pour occuper de nouveaux emplois. Selon la fondation ImpactIA, le monde du travail ne sera plus structuré en termes de temps d’occupation, mais selon un modèle de travail à la demande – l’intelligence artificielle attribuant à des humains les tâches encore inaccessibles aux robots.

Robot accessible à tous

De la science-fiction, tout cela? C’est au contraire une réalité, répond Tim O’Hear, président d’ImpactIA et ingénieur EPFL spécialisé en intelligence artificielle: «Des projets de ce type sont déjà accessibles pour des PME, pour un budget de quelques dizaines de milliers de francs, avec des logiciels open source.» Selon lui, beaucoup de petites entreprises voudraient se lancer, mais elles ne savent pas quels profils engager ou quel algorithme choisir. La fondation envisage à terme de fournir un logiciel robot, qu’une entreprise pourrait télécharger, entraîner et former grâce aux données de ses clients.

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