Frontaliers

Un salarié diplômé engendre cinq autres postes de travail

Enrico Moretti, expert des politiques de développement local, plaide pour attirer des profils pointus. Il apporte la preuve scientifique que cela dynamise l’emploi. Ce qui à Genève peut s’accompagner de tensions, selon l’origine de la main-d’œuvre

Engager des cerveaux a un effet multiplicateur sur le marché du travail. C’est ce qu’affirme le professeur Enrico Moretti de l’Université de Berkley (Californie), économiste parmi les plus influents du moment. Gourou mondial des politiques de développement local, il était l’invité la semaine dernière des autorités genevoises. Son propos: chaque emploi créé dans les industries numériques, des technologies ou des sciences de la vie – particulièrement intensives en capital humain hautement formé – induit cinq postes de travail, ailleurs dans l’économie tertiaire (chauffeur de taxi, coiffeuse, plombier, aide ménagère, médecin, etc.).

Vraiment? Auteur du livre «The New Geography of Jobs» (2013), élue ouvrage le plus important de l’année par le magazine Forbes, Enrico Moretti en apporte pour la première fois la preuve scientifique. Son modèle de calcul, à l’origine testé aux Etats-Unis, s’est aussi révélé pertinent en Europe. A la différence près qu’en Suède, par exemple, son multiplicateur n’était plus de cinq, mais de trois emplois indirectement créés via un seul haut salaire d’ingénieur ou de designer généreusement payé.

Cols blancs indésirables?

Plus encore que d’autres cantons romands, celui du bout du lac dépend fortement de la main-d’œuvre mobile, qu’elle soit frontalière ou plus lointaine encore. Sont notamment concernées la finance et le négoce, ainsi que les activités manufacturières comme l’horlogerie, la chimie-pharma et les machines. Entre 30 et 40% de la valeur ajoutée des deux premiers secteurs (près de 50% pour le dernier, soit un franc sur deux) provient directement des pendulaires, à en croire une enquête des six banques cantonales de la région et de l’Université de Lausanne, réalisée à l’occasion du dernier Forum des 100.

Cette dynamique s’accompagne toutefois de tensions. En particulier à Genève, où la hausse de la cohorte de salariés mobiles se traduit par une poussée du nombre de frontaliers. La main-d’œuvre provenant de France voisine – contribuant à hauteur de 22% au PIB cantonal, contre 8% pour les travailleurs intercantonaux – dépassait les 81 000 individus à la fin de l’année passée.

«Pour répondre aux besoins du marché du travail à Genève, les frontaliers sont de plus en plus qualifiés», indiquait dans les colonnes de l’Hebdo, le Professeur Giovanni Ferro-Luzzi. Cette main-d’œuvre, vitale pour l’économie genevoise, serait aujourd’hui davantage composée de cadres moyens et supérieurs, cette catégorie même d’employés susceptibles de déclencher l’effet multiplicateur décrit par l’économiste américain.


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