Il y a quelques mois, l'Australie a été l'hôte d'une conférence médicale un peu particulière. Elle concernait le phénomène de «Disease mongering» ou, traduit au plus près, la commercialisation de maladies fictives. De quoi s'agit-il?

Depuis plusieurs années, l'industrie pharmaceutique est accusée, à tort ou à raison, de «fabriquer» littéralement certaines maladies ou d'élargir la population-cible en incluant certains symptômes afin d'accroître les ventes de ses produits.

Certains aspects de la vie courante seraient médicalisés. Tout a commencé avec la Ritaline, produite par Novartis, destinée à soigner le déficit d'attention et l'hyperactivité touchant les enfants en particulier et les adultes. Dérivé des amphétamines, ce médicament a été et est encore accusé de tous les maux (génération de dépendance envers d'autres drogues, suicide, etc.) Corollaire à ceci, Novartis a également été rendu coupable d'avoir inventé la maladie.

La liste des maladies qui seraient «inventées» peut être longue et concerne non seulement les maladies du système nerveux central, certains symptômes bénins qui seraient témoins d'une pathologie plus grave mais aussi des maladies ignorées et non traitées jusqu'ici (dysfonction sexuelle masculine ou féminine, dépression bipolaire, syndrome des jambes sans repos, etc.)

Les implications sont énormes: des gens sains seraient considérés malades, des ressources seraient gaspillées, des maladies seraient iatrogéniques (provoquées par des actes médicaux). A l'heure des économies en termes de santé publique, personne n'a besoin d'un scandale pareil.

L'industrie pharmaceutique ne serait pas seule à être responsable: les journalistes, les alliances industrielles, les sociétés de relations publiques, les groupes de médecins ainsi même que certains patients promeuvent ces idées auprès des pouvoirs publics et de la population générale.

La tendance à médicaliser la vie tient à beaucoup de variables psychosociales: anxiété par rapport à la fragilité de l'être humain, désir d'être dans la normalité, foi dans les avancées scientifiques et technologiques, etc. Les médicaments «lifestyle» sont aussi basés sur ces concepts. La société véhicule des standards en termes de santé, de performance et de comportement auxquels tout le monde aimerait ressembler. Faut-il pour autant prendre des médicaments ou s'accepter tels que nous sommes?

Si un jour des experts prouvent que certaines maladies ont été fabriquées de toutes pièces, l'industrie pharmaceutique aura un grave problème: la confiance. Ce ne sera pas le défi d'une société mais celui d'une industrie dans son ensemble, puisque tous ses représentants sont concernés par l'une ou l'autre des maladies que certains qualifient de «fabriquées». Mais peut-on vraiment renoncer à se soigner?