Zurich Financial Services a publié récemment des résultats de bonne facture. L'assurance non-vie a confirmé que la tarification devrait se maintenir à des niveaux élevés en 2005. L'assurance vie poursuit son redressement avec des marges en forte progression sur les nouvelles affaires, même s'il est vrai que l'année 2004 bénéficie d'un effet de base plutôt favorable. Malgré ces bons résultats, une restructuration quasiment terminée et des perspectives plutôt réjouissantes, la performance boursière de ZFS en 2004 est demeurée en demi-teinte.

L'explication est sectorielle mais également inhérente à la société. Premièrement, le secteur de l'assurance a continué de souffrir d'une perception erronée de la part des investisseurs concernant les placements effectués en actions, pensant qu'il existe une corrélation entre l'évolution des Bourses et le secteur de l'assurance. Cette assertion ne correspond pas à la réalité puisque la majorité des assureurs, dont ZFS, en possède moins de 10% dans leur allocation d'actifs. Deuxièmement, la sinistralité liée aux ouragans (Etats-Unis, Caraïbes et Japon) a été particulièrement élevée au 3e trimestre 2004, affectant les bénéfices des assureurs. Enfin, le procureur de l'Etat de New York attaquait fin octobre les courtiers américains en assurances, impliquant également les assureurs. Ces derniers versaient des commissions «spéciales» pour obtenir des contrats d'assurance supplémentaires au détriment, le plus souvent, du client final. Ces trois éléments ont contribué à pénaliser les principaux acteurs du secteur, mais n'expliquent que partiellement la performance boursière mitigée de ZFS ces derniers mois.

La clé de l'explication se situe au niveau de ses réserves. A la fin des années 90, la société a privilégié la croissance des primes au détriment de la qualité de souscription. Cette stratégie lui a coûté très cher puisque le groupe a été contraint d'ajouter plus de 4 milliards de dollars à ses réserves ces trois dernières années. Mais le changement de management en 2002 a également entraîné une modification de sa politique de souscription, désormais plus stricte et prudente. Même si des provisionnements sont encore à prévoir ces prochains mois pour des affaires antérieures à 2002, la tendance devrait s'amenuiser. Si tel devait être le cas, cela dissiperait une incertitude de taille et entraînerait une réévaluation du titre au niveau de ses concurrents. Mais, pour y arriver, il faudra également que le management améliore la transparence et la communication concernant l'adéquation de ses réserves, sous peine que la boîte magique demeure une boîte noire pour longtemps.

Analyste financier, secteurs banques/assurances, Bordier & Cie