Pour la deuxième fois en moins de dix jours, la monnaie européenne a grimpé au-dessus de 1,20 dollar jeudi après-midi. Du jamais-vu depuis décembre 2014. La hausse s’est opérée après que la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé, à l’issue de sa réunion mensuelle, qu’elle allait réexaminer sa politique d’expansion monétaire introduite en janvier 2015. Celle-ci consiste à acheter des actifs d’Etat et d’institutions financières à hauteur de 60 milliards d’euros (environ 68,5 milliards de francs) par mois. Objectif: donner une impulsion à la zone euro alors agonisante.

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En pariant sur l’euro, les marchés ont implicitement validé le message de la BCE. Autrement dit, la croissance est bel et bien de retour. «Plus solide que nos attentes, elle atteindra 2,2% en 2017, avant de fléchir à 1,8% en 2018 et à 1,7% en 2019», a relativisé Mario Draghi. Une reprise qui s’est traduite, selon lui, par la création de 6 millions d’emplois depuis 2013, une hausse du pouvoir d’achat et de la consommation.

Rendez-vous le 26 octobre prochain

«Lors de notre réunion, nous avons effectivement abordé la question de mettre graduellement fin à la politique monétaire expansionniste, a confirmé Mario Draghi. Ce dont nous n’avons pas discuté concerne les modalités et le rythme de sortie.» Le rendez-vous est pris pour la prochaine réunion de la BCE, le 26 octobre prochain. «Mission largement accomplie donc, fait remarquer Neil Wilson, analyste au fonds d’investissement ETX Capital, cité par l’AFP. Mario Draghi a réussi à conduire les marchés à anticiper l’annonce d’un resserrement monétaire en octobre sans paraître trop dur.»

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Paradoxalement, la récente hausse de l’euro – la tendance dure depuis plusieurs semaines – freine la politique de la BCE. Mais Mario Draghi a fait remarquer que la récente volatilité était cause d’incertitudes. De fait, les marchés s’attendaient à ce que le patron de la BCE livre déjà jeudi la feuille de route pour sortir du programme d’assouplissement monétaire. Dans une communication publiée jeudi matin, Clement Fuest, le président d'Ifo, le principal institut d’études conjoncturelles allemand, a affirmé qu’il était temps d'y mettre fin. Selon lui, le mouvement devrait même être amorcé dès janvier 2018. Il s’agit là d’un sentiment répandu en Allemagne, où le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, demande aussi de serrer la vis.

Inflation en baisse

La BCE a certes gagné la bataille contre le marasme économique, mais elle n’a toutefois pas réussi à atteindre son principal objectif, qui est inscrit dans son mandat: une inflation annuelle de 2%. Selon ses propres estimations, la hausse des prix atteindra 1,5% en 2017, ce qui est proche du but, mais elle se ralentira à 1,2% en 2018. Pour Mario Draghi, «même si la reprise est de retour, la BCE prendra en compte les perspectives d’inflation, qui restent inférieures à son objectif».

Eric Dor, directeur des Etudes économique à l’Ieseg School of Management à l’Université de Lille, aperçoit un autre problème. Selon lui, la tâche se complique pour la BCE du fait des fortes divergences du rythme de l’inflation entre les pays de la zone euro. De la même façon, affirme-t-il, elle doit éprouver des difficultés pour définir une politique commune à cause de la fragmentation de la zone euro. «L’Italie, et dans une moindre mesure l’Espagne, a encore besoin d’une poursuite de la politique monétaire accommodante de la BCE, dit-il. La situation de l’Allemagne et de la France plaiderait au contraire plutôt pour une normalisation.»