Analyse

Un siècle de liens étroits entre Goldman Sachs et la politique

De Roosevelt à Donald Trump, démocrates ou républicains, les présidents américains ont souvent eu recours aux conseils de Goldman Sachs, la banque qui gagne à tous les coups, ou presque

Les gouvernements américains travaillent étroitement avec Goldman Sachs. L’histoire de ces liens débute dans l’entre-deux-guerres. Alors que tout Wall Street est fermement opposé au démocrate Franklin D. Roosevelt, Sidney Weinberg, à la tête de Goldman Sachs de 1930 à 1969, y voit une formidable opportunité. Le renvoi d’ascenseur ne tarde pas.

Après son élection, FDR en fait l’intermédiaire entre le gouvernement et les milieux d’affaires et le nomme à la tête du conseil chargé d’organiser le New Deal. Sidney Weinberg peut même s’assurer d’être le seul banquier d’investissement de ce conseil, écrit Charles Ellis dans «The Partnership: A History of Goldman Sachs» (Allen Lane, 2008, 732 pages). En 1942, il devient le président du «conseil de la production de guerre». Il en profite pour accroître son réseau et faire partie de 40 conseils d’administration. Il exerce un contrôle total sur Goldman Sachs. C’est le seul à décider qui devient associé et à déterminer, tous les deux ans, la participation de chacun.

L’heure des traders

A la fin des années 1960 et au début des années 1970, l’homme fort de Wall Street et patron de Goldman Sachs devient Gus Levy. Républicain, président de la bourse NYSE, il est considéré comme le père du Nasdaq. Sentant le potentiel des affaires institutionnelles, il modifie le modèle d’affaire. L’art n’est plus de trouver les bons investissements mais plutôt les idées de transactions. L’heure des «traders» a sonné.

A lire aussi: Troisième banquier de Goldman Sachs dans l’équipe de Trump

Après Gus Levy, il appartint à John Whitehead d’assurer l’expansion du groupe dans la banque d’investissement. Les fruits de ces efforts attendent une dizaine d’années. Goldman Sachs fait figure de conseiller naturel des Etats lorsque les gouvernements lancent leurs programmes de privatisations. C’est le cas au Mexique comme dans l’Angleterre de Margaret Thatcher à la fin des années 1970.

De Reagan à Clinton

A l’ère de Ronald Reagan, John Whitehead devient l’adjoint du secrétaire d’état George Shultz jusqu’en 1989, ainsi que président de la Réserve fédérale de New York.

La liste des directeurs de Goldman Sachs passant au service de l’état semble interminable. Robert Rubin devint directeur des conseillers économiques du démocrate Bill Clinton, puis son secrétaire au Trésor. C’est à lui que l’on doit le développement de la finance de l’ombre («shadow banking»), avec la fin des entraves au marché des dérivés de gré à gré. Hank Paulson sera le secrétaire au Trésor du républicain George Bush et l’un des principaux acteurs de la gestion de la crise financière.

A lire aussi: Wall Street place ses pions autour de Donald Trump

Ce rapide tour d’horizon ne peut omettre Mario Draghi, président de la BCE, Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, Robert Zoellick, ancien président de la Banque mondiale et Malcolm Turnbull, premier ministre de l’Australie et Romano Prodi, ancien premier ministre italien.

L’avenir appartient aux traders

Aujourd’hui le républicain Donald Trump est en train d’engager trois responsables de la banque qui, pour certains médias, symbolise «les requins de Wall Street». Il s’agit de l’actuel numéro deux de la banque, Gary Cohn, qui deviendrait chef des conseillers économiques, et deux anciens, Steven Mnuchin à la tête du Trésor et Stephen Bannon, au poste de chef stratège de la Maison Blanche.

Lloyd Blankfein, célèbre autant pour avoir vaincu un cancer que pour sa gestion de la banque depuis 2006, est à la tête d’une banque en pleine santé. La tâche de cet homme né dans un logement social du Bronx et qui obtint le deuxième plus haut revenu des patrons de Wall Street l’an dernier, consiste à éviter que sa banque ne soit trop affectée par les fluctuations des marchés. Profitant de la réduction de voilure des grandes banques, le rendement des fonds propres atteint 11,2%.

A lire aussi: L’affaire «Barroso chez Goldman Sachs» sème la pagaille à Bruxelles

En bourse, Goldman Sachs vaut près de 100 milliards. Elle a déjà accru sa valeur d’un tiers depuis la nomination de Donald Trump pour le bonheur de Vanguard, le premier actionnaire de la banque, et Warren Buffett.

Un problème de succession?

Les départs de directeurs dans l’administration ne créent sans doute aucun souci à Lloyd Blankfein. Selon le Wall Street Journal, les fonctions de Gary Cohn seront probablement réparties entre deux banquiers. Le quotidien explique que «l’histoire de Goldman Sachs abonde de situations où les fonctions sont occupées à double. Cela reflète, en fonction de la thèse de l’employé à qui la question est posée, soit un esprit de collaboration fraternelle […], soit un «combat en cage» destiné à élire le plus fort».

Les futures nominations pourraient à nouveau favoriser un spécialiste du négoce. Les mesures de libéralisation envisagées par Donald Trump devraient encourager ce type d’activité. C’est le département dont Lloyd Blankfein est lui-même issu.

A lire aussi: Goldman Sachs veut contrer la Silicon Valley

Publicité