Le Temps: Comment avez-vous réagi à l’annonce de cette fusion?

Mathieu Fleury: Par l’inquiétude. Il y a déjà eu beaucoup de rumeurs par le passé, démenties plusieurs fois. Pour nous, cette annonce confirme qu’en matière de télécommunications, la concurrence ne fonctionne pas. C’est un échec du marché. Les nouveaux acteurs n’ont pas réussi à s’imposer, et comme dans la distribution, on se retrouve face à un duopole renforcé. Nous dénonçons depuis longtemps un marché trop cher, peu fluide. Un des principaux problèmes c’est en fait la prépondérance de Swisscom. Maintenant, il est vrai qu’on pourrait aussi considérer que ce nouvel acteur pourra un peu plus «regarder dans les yeux» Swisscom, et lui prendre peut-être des parts de marché.

– Quelles sont les conséquences possibles pour les consommateurs?

– Avec trois acteurs il n’y avait déjà pas de concurrence sur les prix, qui sont en Suisse beaucoup plus élevés que chez nos voisins. Le marché suisse est très lucratif. Ce nouvel acteur va profiter de ces prix élevés, et sera probablement satisfait avec ses 40% de parts de marché. C’est peut-être plus avantageux pour lui, plutôt que d’engager une campagne de réduction des tarifs, avec un marketing agressif, et d’obtenir 50% du marché mais avec des profits moindres.

– Que demandez-vous aujourd’hui aux autorités de régulation et de contrôle?

Nous voudrions que et la ComCom, et la ComCo interviennent. La Comco doit pouvoir contrôler les tarifs a priori et non sans être saisie, car le marché fonctionne mal, regardez l’amende record que Swisscom a récemment reçue pour ses tarifs d’ADSL. Il faut aussi fluidifier le marché, permettre au consommateur de bouger, la lourdeur des contrats et des délais de résiliation trop longs contribuent à la fidélité à Swisscom. C’est un marché pseudo-libre aujourd’hui, et il faut constater que tous ont intérêt à conserver le statu quo.