Un sommet en tête à tête entre Angela Merkel et François Hollande ce lundi; un Sommet européen spécial mardi après-midi, une réunion d’urgence de l’Eurogroupe toujours mardi: l’Union européenne (UE), ses institutions et des dirigeants sont visiblement sonnés par le «Non» massif sorti des urnes dimanche soir en Grèce. Soumis à un référendum, le projet d’accord des créanciers a été rejeté par plus de 60% des voix. Alors que le président du Conseil européen Donald Tusk se dit respecté le verdict du peuple grec, Jean-Claude Juncker a annoncé qu’il menait une ronde de consultations avant de décider de la voie à suivre. Le président de la Commission était entré dans l’arène politique grecque, appelant ouvertement à voter contre le pouvoir en place. «La démocratie grecque a parlé, mais il y a aussi une autre démocratie, celle des dirigeants de la zone euro qui sont libres de décider de la place de la Grèce au sein de la zone euro», a déclaré dimanche soir Martin Schulz. Comme Jean-Claude Juncker, le président du Parlement européen avait fait comprendre qu’un changement de régime serait souhaitable à Athènes.

La chancelière allemande et le président français évalueront les conséquences du référendum grec et partageront leur analyse avec leurs homologues mardi. Angela Merkel, plus que François Hollande, s’était rangée dans le camp du oui, mettant en garde les Grecs contre un non à la zone euro. Elle était allée plus loin en disant que celle-ci était désormais assez préparée pour gérer le «Grexit», c’est-à-dire la sortie de la Grèce de la zone euro. De nombreux Français appellent au président français de contrecarrer toute initiative visant à isoler la Grèce. Dès les premiers résultats dimanche, le ministre français de l’Economie Emmanuel Carron appelait à une reprise des négociations avec la Grèce.

«Je prends note du référendum grec dont les résultats sont regrettables. Des mesures difficiles seront évitables pour remettre la Grèce sur la voie de la reprise. J’attends maintenant les initiatives des autorités grecques», a déclaré Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe, le club des ministres des Finances de la zone euro, dimanche soir. Par la même, il a confirmé une réunion d’urgence mardi à Bruxelles. Elle précédera celle de l’Euroworking Group se tiendra ce lundi à Bruxelles. Cette instance prépare toutes les réunions de l’Eurogroupe (ministres des Finances de la zone euro). L’annonce de cette réunion a été faite dès les premiers résultats.

Jeroen Dijsselbloem était l’un des dirigeants européens qui avait souhaité un rejet du pouvoir grec. «Nous ne parlons plus au gouvernement grec; il a choisi une route très risquée, avait déclaré vendredi Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe. Pour sortir la Grèce du marasme, des décisions difficiles devront être prises. Des politiciens prétendant que cela ne sera pas le cas après le non trompent leur peuple.» Le ministre des Finances néerlandais avait également fait comprendre qu’il lui sera plus facile de négocier un nouveau programme pour la Grèce avec de nouveaux interlocuteurs.

Le silence de Jean-Claude Juncker n’est pas passé inaperçu en début de soirée. Le président de la Commission européenne était le premier à Bruxelles à se jeter dans l’arène politique grecque lundi dernier. Il avait alors ouvertement demandé aux citoyens de désavouer le gouvernement en place à Athènes. Pour lui, comme pour d’autres dirigeants européens, un non serait synonyme de «Grexit». Jean-Claude Juncker avait aussi fait comprendre qu’Alexis Tsipras et les membres de son gouvernement n’étaient plus des interlocuteurs crédibles pour poursuivre des négociations. Par voie d’un communiqué de presse dimanche soir, il a fait savoir qu’il menait des consultations sur la voie à suivre. Il devrait prononcer un discours à ce sujet mardi au Parlement européen.

«Les Européens doivent recommencer à chercher un accord, pour sortir du «labyrinthe grec», a réagi dimanche soir le ministre italien des Affaires étrangères, ¬Paolo Gentiloni, dans un tweet. «Désormais il est juste de recommencer à chercher un accord. Mais du labyrinthe grec, on ne sort pas avec une Europe faible et sans croissance.» Plus tôt dans la journée, le premier ministre italien, Matteo Renzi, avait demandé à l’Eurogroupe de reprendre les négociations avec Athènes.

Parti pris de la BCE

La Banque centrale européenne (BCE) avait également un parti pris contre le gouvernement d’Alexis Tsipras. Elle l’avait manifesté notamment en fermant un robinet de crédit dès février dernier, tout en maintenant une faible ligne de crédit d’urgence ELA, destinée aux banques grecques. Dimanche dernier, alors qu’Athènes voulait à tout prix éviter une panique bancaire et avait demandé à la BCE d’augmenter le flux, le refus avait été net. Hier soir, Athènes est revenu à la charge de sorte que les banques grecques puissent reprendre leurs activités dès cette semaine. La réponse de l’institution de Francfort n’était pas encore connue dimanche soir. FIN