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Les trois poids lourds du Parti républicain à la Chambre des représentants – Kevin Brady (à gauche), Paul Ryan (au centre) et Cathy McMorris Rodgers (à droite) – se sont félicités de l’adoption du projet.
© J. Scott Applewhite/AP Photo

Fiscalité

Un succès pour Trump, mais une grosse hypothèque pour l’Amérique

Le Congrès a adopté mercredi une réforme fiscale sans la moindre voix démocrate. Les économistes mettent en garde: la nouvelle loi risque d’alourdir la dette américaine culminant déjà à 20 000 milliards de dollars et de restreindre la marge de manœuvre des Etats-Unis en cas de nouvelle récession

Pour Robert Reich, ex-ministre du Travail dans l’administration de Bill Clinton, le doute n’est pas permis. Les principaux bénéficiaires de la réforme fiscale adoptée par le Congrès jeudi seront les donateurs du Parti républicain, les «oligarques américains tels que les frères Koch, Peter Thiel, l’investisseur de la Silicon Valley, ou encore Sheldon Adelson, le magnat des casinos de Las Vegas».

Lire aussi: Une réforme fiscale qui accroît dramatiquement la fracture sociale de l’Amérique

Selon le président américain et les républicains, l’adoption du Tax Cuts and Jobs Act n’en demeure pas moins un succès majeur, le premier. Donald Trump devrait promulguer la nouvelle loi mercredi prochain. Président de la Chambre des représentants, Paul Ryan peinait à cacher sa joie: «Nous rendons leur argent aux gens de ce pays.» A l’opposé, les démocrates fustigent le «hold-up» dont est victime la classe moyenne.

Une réforme à 1500 milliards de dollars

L’imposition des entreprises va passer de 35% à 21% et 80% des contribuables américains devraient voir leurs impôts diminuer en moyenne de 1600 dollars à partir de 2018, mais l’allégement fiscal dont ils vont profiter expirera en 2025. L’impôt sur les successions est aussi réduit, un couple marié n’étant pas taxé en dessous de 22 millions de dollars. Le coût de cette réforme se chiffre à 1500 milliards de dollars. Pour le président Donald Trump, c’est «la plus grande réduction d’impôt et réforme de la fiscalité de l’histoire». C’est aussi, pour le républicain, une sorte de revanche. La loi abolit également l’obligation de contracter une assurance maladie sous Obamacare.

La réforme, qui n’a de réforme que le nom tant elle ne corrige pas les graves défauts d’un code fiscal incompréhensible et arbitraire, est une attaque en règle contre l’Etat fédéral. Elle fait grincer des dents non seulement les démocrates, dont aucun n’a soutenu la réforme, mais aussi nombre d’économistes. La loi devrait aggraver l’endettement américain de 1000 à 1500 milliards de dollars en dix ans. Or la dette culmine déjà à plus de 20 000 milliards de dollars (105% du PIB).

Allégements fiscaux comparables dans les années 80

Pour le Grand Vieux Parti, il n’y a pas lieu de s’en inquiéter. Le surplus de croissance et de revenus généré permettra d’éviter de grever davantage la dette. Or l’histoire appelle au scepticisme. En 1981, poussé par Ronald Reagan, le Congrès avait passé des allégements fiscaux massifs pour les entreprises et les plus riches comparables à ceux qui ont été décidés à Washington mercredi. Les républicains affirmaient déjà que le surplus de croissance allait compenser les pertes de rentrées fiscales. Or la croissance ne vint pas et pour contenir les déficits, le Congrès dut augmenter les impôts en 1982 déjà, puis en 1983 et 1984.

Cité par Bloomberg, le chef économiste à la MUFG Union Bank Chris Rupkey s’interroge sur le bien-fondé de la réforme. «Cela ne me semble pas du tout nécessaire. Avec un taux de chômage à 4,2%, pourquoi devrait-on stimuler l’économie? […] Le risque encouru est clair: nous n’aurons pas les moyens de faire face à des jours plus difficiles. C’est quasiment irresponsable.» Les prévisions sont plutôt modestes: les baisses d’impôts devraient générer une hausse de 0,5 point de croissance du produit intérieur brut, soit un taux d’environ 2,8% pour 2018. On est loin des 4 voire 5% claironnés par Donald Trump. Avec une dette alourdie, la marge de manœuvre en cas de récession sera beaucoup plus restreinte. Enfin, stimuler l’économie alors qu’elle se porte plutôt bien pourrait forcer la Réserve fédérale à contrer cette relance par des taux d’intérêt plus élevés pour contenir l’inflation dans la zone des 2%.

Quel plan B si les prédictions s'avèrent fausses?

Les républicains restent convaincus de pouvoir rapatrier plusieurs multinationales américaines aux Etats-Unis grâce à une imposition allégée et de les pousser à y investir. Or depuis la Grande Récession de 2008, ces sociétés nagent dans les liquidités, mais n’investissent pas. De plus, le taux d’imposition de 35% n’est pas vraiment appliqué. Selon l’Institute on Taxation and Economic Policy cité par le magazine The Atlantic, 258 multinationales américaines n’ont été imposées, ces dernières années, qu’à un taux de 21,2%. Plus de 18 autres sociétés n’ont pas versé le moindre dollar d’impôt fédéral, à l’image de General Electric.

Les républicains et Donald Trump célèbrent un succès «historique». Mais la réforme qu’ils ont promue reste impopulaire, les Américains ayant largement le sentiment qu’elle profite avant tout aux grandes sociétés, à Wall Street et au 1% des plus riches. Quant à Donald Trump, magnat de l’immobilier new-yorkais qui refuse toujours de publier sa déclaration d’impôt, il devrait lui aussi grandement en bénéficier.

Les républicains ont-ils un plan B si leurs prédictions de croissance étaient fausses? Ils promettent de couper dans les programmes sociaux Medicare, Medicaid et Social Security. Quitte à faire exploser encore davantage les inégalités.

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