Technologie

Un Suisse vise le marché des «cam girls»

Terpon, société fondée par le Fribourgeois Jean-Claude Artonne, développe des caméras destinées aux femmes dévoilant leurs charmes via Internet. Il espère que le fait de se concentrer sur le marché des «cam girls» lui permettra de rivaliser avec les géants du secteur

C’est un marché peu connu, mondial et en pleine expansion: celui des cam girls. Elles sont des dizaines de milliers, voire 200 000, affirmait récemment France Télévisions dans l’émission Envoyé spécial, à monnayer leurs charmes via Internet à des internautes du monde entier. Un Suisse a décidé de cibler cette clientèle. Basé à Fribourg, Jean-Claude Artonne a créé la société Terpon qui développe des caméras à destination de ces femmes – il y a aussi quelques hommes — qui proposent du sexe virtuel.

Ces jours, Terpon – qui a eu l’honneur, fin février, d’un article sur le site Techcrunch, spécialisé dans la technologie – commence à livrer un millier de caméras de nouvelle génération aux cam girls les plus influentes. «Notre but est qu’elles utilisent nos produits pour en faire ensuite la promotion, explique Jean-Claude Artonne. Le marché des cam girls se divise en quatre catégories: une dizaine de stars, qui gagnent chacune facilement plus d’un million de dollars par an, quelques centaines de modèles qui gagnent plusieurs centaines de milliers de dollars, plusieurs milliers de modèles qui peuvent percevoir jusqu’à 5000 dollars par mois, et une myriade d’amateurs qui gagnent quelques centaines de dollars par mois. Notre but est de trouver des cam girls qui deviennent en quelque sorte nos ambassadrices pour vendre ensuite nos casques de réalité virtuelle.»

Location plutôt qu’achat

Terpon propose deux caméras, baptisée Hermes et Artemis, dotées de deux objectifs. La première offre par exemple des images de 3072×1536 pixels, avec un angle de 200 degrés, avec 30 images par seconde. La société ne veut pas les vendre, mais les louer, au prix de 30 dollars (autant en francs) par mois. «C’est un peu comme un smartphone haut de gamme subventionné par un opérateur: le but est de démocratiser la caméra, sans que la cam girl ne doive débourser plusieurs centaines de dollars pour son achat», explique Jean-Claude Artonne. Selon l’entrepreneur, en Colombie, où le salaire moyen se situe entre 300 et 500 dollars par mois, et où vivent de nombreuses cam girls, la location d’une caméra haute définition est plus abordable que son achat.

L’homme, qui a créé sa société avec sa femme et un associé, croit beaucoup à ce marché, en phase de renverser celui du X, en difficulté face à la masse de contenus gratuits disponibles sur Internet. Une grande partie des cam girls ne sont pas professionnelles, travaillent depuis chez elles et monnaient entre un et cinq dollars la minute leurs charmes à des clients qui, souvent, leur donnent des ordres à distance. Ces femmes sont affiliées à un portail web de cam girls qui prélève une commission d’environ 30 à 50% sur leurs revenus – le parallèle avec Uber et ses chauffeurs est souvent effectué.

Casques de réalité virtuelle

Pour Jean-Claude Artonne, qui s’est rendu à plusieurs reprises à des conférences dédiées aux cam girls en Roumanie – pays d’Europe où se trouvent le plus de travailleuses du sexe virtuel –, le secteur est prêt pour accueillir ses caméras. «Les gens que j’ai rencontrés sont des hommes d’affaires, professionnels, qui parlent chiffres et statistiques, affirme le Fribourgeois. Face à la prolifération des sites gratuits, ils savent que les cam girls, avec leurs services personnalisés virtuels à distance, sont un marché florissant.»

Conçues en Chine et en Inde, les caméras de Terpon sont présentées comme «plug and play» – il suffit de les brancher à un ordinateur pour qu’elles fonctionnent immédiatement. Elles sont compatibles avec tous les services de chat en ligne.

A terme, Jean-Claude Artonne veut proposer des casques de réalité virtuelle pour que l’expérience d’immersion du client soit meilleure. L’homme aimerait proposer des casques, autonomes, à 150 dollars. Mais comme le relevait Techcrunch, il ne sera pas facile pour lui de percer sur le marché des caméras. Nikon, Samsung, Lenovo et d’autres groupes chinois développent eux aussi des caméras pour la réalité virtuelle. Pour Jean-Claude Artonne, le fait de cibler exclusivement le marché des cam girls lui donne cependant un avantage.

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