Notre monde occidental serait fondé sur une logique de l'échange de biens contre de l'argent, noyau central de l'économie. Ce serait par envie du bien de l'autre qu'un individu procéderait en offrant une somme d'argent pour se l'approprier.

A contrario, les organisations sociales primitives se fonderaient sur le principe d'une réciprocité généreuse, génératrice de liens sociaux. Du moins si l'on en croit l'anthropologue et sociologue Marcel Mauss. Ces liens reposeraient sur le don, Entre autres de temps, d'objets, ou d'argent, qu'une personne ferait à une autre personne qui se sentirait alors obligée d'accepter, puis de fournir à son tour un «contre-don», soit à son donataire, soit à des tiers.

Mais devons-nous opposer ces deux logiques économique et sociale? N'existe-t-elle pas, chez nous également, cette logique du don générateur de lien social. Bien sûr. Les Renfiles, magasins caritatifs, Emmaüs et autres organisations qui recyclent une bonne part des objets que nous ne voulons plus reposent sur cette logique.

Mais combien d'entre nous croient encore que la logique de ces systèmes se fonde sur les dons en nature faits à des personnes en difficulté par l'intermédiaire de ces organisations? Presque tous, en fait. Cette idée fausse est déjà positive, puisqu'elle évite que ne s'amoncellent sur nos trottoirs un grand nombre d'objets qui pourraient avoir une autre vie que de gonfler nos déchetteries. Mais la logique économique et sociale de ces systèmes caritatifs est beaucoup plus subtile **.

En réalité, elle repose sur une équation à deux termes. Le premier veut qu'un don en nature suivi d'une vente équivale à une rentrée d'argent. Le second, que cette rentrée monétaire permettra d'offrir divers services à des personnes démunies.

Les organismes caritatifs ne sont pas des intermédiaires entre donateurs et receveurs de dons. Ils sont de véritables usines de transformation du don en contre-don. Ainsi, lorsqu'on se débarrasse, très généreusement, d'une commode encombrante dans un magasin caritatif quelconque, commode qui sera rachetée par un client intéressé, c'est tout un processus qui se met en marche. Dès lors, l'organisme caritatif devient le récipiendaire d'un don monétaire ainsi créé par le concours du donateur et de l'acheteur. Tous deux génèrent exactement la même valeur dans l'équation de création d'argent.

Et que fait l'organisme caritatif du don d'argent ainsi engendré? Il le transforme en contre-don en offrant à des personnes en difficulté des services appropriés. Non pas des repas et du logement: oublions le mythe du gentil pauvre, hérité du XIXe siècle. Il propose de vrais services, d'avocats, de médecins, de psychologues, de scolarisation...

Grâce à quoi, les personnes qui en bénéficient s'inséreront de manière plus réelle et plus rapide dans notre société. De cette manière, les sociétés caritatives créent des liens, non seulement humains, mais aussi fonctionnels, avec l'ensemble de nos institutions.

Notre conseil est donc le suivant: participez activement à l'augmentation du taux de roulement des objets des magasins de type caritatifs, Renfiles et autre Emmaüs. Quels que soient votre revenu et votre statut social, plus vous donnerez des objets, plus vous en achèterez aussi, et plus vous créerez de l'argent générateur de liens sociaux.

Les purs économistes peuvent toujours prétendre que si l'on recycle les objets au lieu de les détruire, on en fabrique moins de nouveaux et que, par conséquent, l'économie tourne moins vite. Mais la véritable création de valeur ne réside-t-elle pas dans les liens sociaux que chacun est en mesure, à son niveau, de cocréer?

**Etude de l'Observatoire de Vente et Stratégies du Marketing (OVSM) disponible sur demande.