Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi a laissé entendre la semaine dernière que la BCE avait les moyens d’engager une nouvelle action vigoureuse pour endiguer le risque de crise bancaire et souveraine systémique. Il a prononcé une phrase clé, à savoir que les rendements obligataires souverains élevés dans les pays périphériques ralentissent la transmission de la politique de la BCE. Sachant que les traders spéculatifs en particulier ont parié très fortement sur une pression continue à la baisse sur l’euro, ces propos ont eu un impact considérable. La parité euro/dollar (EUR/USD) qui frôlait les 1,2050 en début de semaine dernière est venue flirter avec les 1,2400 vendredi.

Les déclarations de Mario Draghi ont également provoqué un fort rebond des actifs à risque dans le monde entier. Les marchés obligataires refuges ont vendu en masse et les principaux marchés d’actions ont rebondi considérablement entre mercredi et vendredi derniers.

Après ces fortes fluctuations, cette semaine servira donc de test pour le marché. La question centrale sera de savoir si Mario Draghi va donner suite à ses récentes déclarations lors de la réunion de politique monétaire de la BCE ce jeudi. Le marché suggère qu’il le peut, car les rendements obligataires espagnols ont chuté de plus de 100 points de base la semaine dernière. Et à court terme, la réponse théorique est certainement oui – tant que la BCE a la volonté de tester les limites de son mandat. Néanmoins, un autre élément clé est à suivre en amont de la réunion de jeudi: le contingent de la Banque centrale allemande (Bundesbank), alors que son président M. Weidmann a dénoncé haut et fort l’idée de la poursuite du rachat d’obligations par la BCE. Peut-il être amené à changer de discours? Draghi et Weidmann doivent se rencontrer avant la réunion de la BCE.

Au-delà de la réunion de la BCE, la publication du rapport sur l’emploi aux Etats-Unis prévue ce vendredi est très attendue. Ce marché semble convaincu que les banques centrales gèrent la situation. Cependant, les chiffres économiques et les bénéfices d’entreprises publiés récemment n’incitent guère à se réjouir. Et qu’en sera-t-il si le marché a déjà valorisé l’assouplissement des banques centrales?

Actuellement, il s’avère très difficile de donner des prévisions pour l’EUR/USD à très court terme. Il se pourrait que nous soyons actuellement dans une phase de consolidation, si la BCE est capable une fois de plus d’éloigner les opérations de risque systémique pour un certain temps. Cela lui permettrait de revenir vers 1,25 ou même un peu au-dessus ces prochaines semaines. Mais un nouveau coup de pouce monétaire est de plus en plus un exercice équivalant à «pousser sur la corde», donc sans réel impact économique, même si le marché répond positivement à court terme. Et à cet égard, la récente baisse de l’USD pourrait toucher à sa fin.

* Stratège et consultant en devises auprès de Saxo Bank.