Le conseiller fédéral Moritz Leuenberger doit se prononcer ces prochains jours sur la demande de concession que lui a adressée, via l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC), la compagnie EasyJet Switzerland, filiale à 40% de la britannique EasyJet, pour l'ouverture de trois nouvelles destinations au départ de Genève. S'il dit oui, les voyageurs pourront rallier de Cointrin les aéroports d'Amsterdam, de Nice et de Barcelone à un prix nettement inférieur à l'offre actuelle. Certes, ils devront pour cela accepter un service minimal et payant à bord, et une seule classe. Mais pour des vols d'une heure environ, le sacrifice est minime.

Et si Moritz Leuenberger dit non? Contacté hier par téléphone, l'OFAC a indiqué n'avoir pris encore aucune décision quant au préavis qu'il donnerait au conseiller fédéral. Même si, la semaine dernière, le même office affirmait que «théoriquement, il ne devrait pas y avoir de problème» pour ces nouvelles lignes. Officiellement, on est encore en train de récolter des informations, et surtout on «écoute la concurrence». Traduisez «on écoute Swissair». Dans un communiqué véhément, EasyJet s'indigne: les autorités néerlandaises, françaises et espagnoles ont approuvé ces vols et ces tarifs, les deux autres compagnies concernées (Air Littoral et KLM) n'ont rien trouvé à redire, seule la compagnie suisse fait de l'obstruction, au nom de la nouvelle loi sur la navigation aérienne, pour «conserver son monopole». Un porte-parole de Swissair avoue que «même si la loi est jugée mauvaise par certains, c'est la loi». Et tant pis si le consommateur doit payer (beaucoup) plus cher.

Effectivement, cette nouvelle loi votée à la suite de «l'affaire Cointrin» ne supprimera les privilèges de Swissair qu'en 2008. Jusque-là, la compagnie «nationale» peut contester tout intrus sur des lignes qu'elle dessert déjà. L'autorité fédérale a le loisir de passer outre. Le cas EasyJet Switzerland (une compagnie majoritairement en mains suisses) constitue donc un excellent test pour cette loi bâtarde. Si tout ou partie du dossier de la compagnie à bas prix est rejeté, on pourra dire qu'en Suisse, on aime la concurrence sauf lorsqu'il y en a!

T. M.