Le Japon se distingue de nouveau, tant par son rebond boursier de plus de 10% en monnaie locale au mois d’octobre, le positionnant au coude à coude avec l’Europe sur les performances annuelles, que par la rhétorique de sa banque centrale. La dépréciation du yen s’est remise en place alors que la Banque du Japon n’a pas renchéri et n’a laissé entendre aucune accélération de sa politique de «quantitative easing».

A contrario, les principales banques centrales ont voulu répondre au vent de volatilité et d’inquiétudes qui a caractérisé les marchés avant le rebond du mois d’octobre, en intensifiant leur présence. La Chine a en effet accumulé des mesures d’assouplissement monétaire (baisse des taux d’intérêt et du taux de réserves des banques commerciales), la Fed a entériné le discours de Mario Draghi prêt à un relâchement supplémentaire de la politique monétaire en maintenant ses taux directeurs inchangés et la BNS a suggéré une baisse supplémentaire des taux en territoire négatif.

La banque du Japon se distingue dès lors dans cet environnement. En effet, le bulletin économique japonais est loin d’être décevant. Reprise de la consommation après le choc du relèvement de la TVA d’avril 2014 et accélération des investissements, il semblerait que la nature de l’ajustement observé jusqu’à présent et principalement nominal prenne corps. Si le Japon ne peut s’isoler complètement de sa région et du géant chinois, il s’en distingue pourtant sensiblement.

Contrairement aux entreprises chinoises endettées au-delà de 150% du PIB, les entreprises japonaises ont accumulé une épargne qui pourrait les rendre redoutablement compétitives si les perspectives s’éclaircissaient par ailleurs. Le programme Abenomics mis en place depuis plus de deux ans continue de donner de l’espoir. La récente volonté de soutenir l’augmentation du taux de natalité par la création d’un nouveau poste de ministre en charge des questions sociales, géré par Katsunobu Katô, marque un virage important. Le Japon n’est d’ailleurs pas seul à le prendre puisque la Chine vient d’abolir sa politique de l’enfant unique. Rappelons que la démographie représente un enjeu majeur pour les économies confrontées aux forces déflationnistes.

Au-delà de tous ces changements structurels favorables, les sursauts de court terme ne doivent pas dissimuler les faiblesses persistantes que les politiques nominales passées d’injection intense de liquidité n’ont pas encore enrayées. Ne nous leurrons donc pas, ces avancements n’empêcheront pas le retour de la volatilité sur les marchés financiers et ce tant que l’arme des taux de change fera partie de l’arsenal des instruments des banques centrales. Le pays du soleil levant ne fait pas exception.