Lorsque Pascal Couchepin, surfant sur la vague de l'indignation populaire face aux scandales des manipulations comptables et des graves erreurs de gestion de sociétés suisses et étrangères, en appelait à la responsabilité des chefs d'entreprise, on pouvait légitimement s'attendre à un renforcement des règles de contrôle comptable. Il faut aujourd'hui déchanter. Non seulement le Conseil fédéral renvoie à 2004 le projet de législation dans ce domaine, mais encore tout indique que ce sera un tigre de papier. Le sacro-saint principe qui veut que l'Etat ne s'ingère pas dans la vie des entreprises n'est pas remis en cause par les dérapages dus au manque de transparence qui ont gravement lésé les petits actionnaires. En quelque sorte la majorité de la population suisse, puisque le deuxième pilier a été partiellement investi en actions ABB, ex-Swissair, Credit Suisse, Ascom, ou dans la BCV – au sujet de laquelle le rapport déposé hier par Paolo Bernasconi permet d'entrevoir un mini-Enron à l'échelle helvétique. Il est facile dire que la meilleure des lois ne saurait empêcher des comportements frauduleux. La sagesse commence, dans ce domaine aussi, par la peur du gendarme. On l'a compris aux Etats-Unis, mais pas en Suisse.