Peu après la mort de son fondateur, Riri fête ses 25 ans, mais n'a pas encore atteint l'âge de raison. En 1968, les autorités religieuses vendent l'entreprise à un homme d'affaires allemand. Il restera une année. Les raisons de son départ appartiennent à la légende. Ainsi, on raconte que, lorsque le nouveau patron s'est rendu au Luxembourg pour rendre visite à la filiale du groupe, il aurait découvert dans le coffre-fort une somme d'argent dépassant largement l'investissement auquel il aurait consenti pour acheter Riri. Quoi qu'il en soit, Riri est revendu en 1970 au groupe américain Talon, l'un de ses concurrents.

Dix ans plus tard, lors d'une restructuration, Talon se sépare de Riri, entité qui n'entrait plus dans sa stratégie. La société est reprise par des investisseurs suisses. Pour une période de calme? Pas vraiment. En 1986, la partie italienne du groupe est vendue aux comtes italiens Visconti-di-Modrone. Pour le pire. Très vite s'engage une guerre entre les deux Riri qui continuent d'utiliser la même marque.

La situation se dégrade lorsque Riri Italia s'engage dans des spéculations commerciales ratées. La confiance des clients est ébranlée. La marque perd de sa fiabilité. Pour couper court à cette fuite vers l'enfer, Riri Mendrisio décide, en 1988, de racheter son «frère ennemi». «La Riri» est à nouveau unie. Les logos sont changés et les fermetures à glissière distinguées selon la provenance.

La mauvaise surprise est pour plus tard. En 1992, le groupe a de nouvelles difficultés financières. L'origine? L'usine italienne de Tirano, dont la capacité de production n'atteint pas la moitié de celle projetée lors du rachat. Les pertes sont importantes et les dettes s'accumulent. Les banques se font menaçantes. En 1994, elles demandent une restructuration, et le personnel passe de 400 à 290 personnes.

La solution tombera une année plus tard, lorsque la banque d'investissements londonienne Schroder décide de placer 5 millions de francs dans l'entreprise tessinoise. En contrepartie, les banques abandonnent des créances à hauteur de 7 millions. Ce refinancement a permis à Riri de fêter son 60e anniversaire avec des bénéfices.

A noter qu'il y a deux mois, Riri a encore changé de mains. Schroder, l'unique actionnaire, a revendu son capital à un fonds d'investissement italien. Mais, pour une fois, ce changement s'est fait dans la continuité, puisque c'est le représentant de Schroder, Mario Mutti, un homme convaincu de l'avenir de Riri, qui est à la tête du fonds transalpin. Aujourd'hui, le chiffre d'affaires avoisine les 50 millions de francs suisses. P. O.