Franc fort

Un vent de révolte contre la politique de la BNS

La baisse de 12,8 % des commandes de l'industrie des machines, publiée vendredi soir, permet à la presse dominicale de questionner les économistes sur le bien-fondé de la politique monétaire. Les critiques fusent, d'Avenir Suisse à l'Administration des finances en passant par des universitaires

 Le dollar a été plus fort que le franc en 2015, mais l'appréciation de la monnaie helvétique par rapport à l'euro crée un «risque de désindustrialisation», observe Bernd Schips, l'ancien directeur de l'institut conjoncturel KOF, dans la NZZ am Sonntag.

A son avis, «la situation est dramatique». L'annonce par Swissmem, vendredi soir, d'une baisse de 12,8 % des commandes à l'industrie au troisième trimestre confirme ses craintes. Des entreprises de taille moyenne ferment leurs portes. C'est le cas maintenant de Michel Präzisionstechnik, à Granges, avec 82 employés.

Perte de compétitivité

«La hausse du franc est telle qu'elle ne peut pas être sans conséquences», indique Serge Gaillard, directeur au sein de l'administration fédérale des finances. 30 % des entreprises membres de Swissmem ont introduit une augmentation du temps de travail, mais le recul des commandes et les concessions sur les prix de ventes conduisent à une baisse des marges. «Il en résulte une diminution des investissements qui pénalisera la compétitivité de la place suisse», affirme Franz Jaeger, professeur émérite à l'Université de Saint-Gall.

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Dans le même journal, il ajoute que «la Suisse est en bonne voie pour devenir un «underperformer». En clair, sa productivité va décliner. L'industrie suisse est confrontée à une hausse de la monnaie de 25 % par rapport à l'Allemagne, après 30 années de stabilité, explique Serge Gaillard. «Nous avons un problème avec le franc. Notre monnaie est nettement surévaluée par rapport à l'euro et d'autres monnaies», lance-t-il.

45 000 emplois perdus

L'industrie d'exportation a perdu 45 000 emplois depuis l'automne 2008. Des places de travail sont créées dans la santé, l'administration, la construction et la consommation interne, «mais ce n'est pas un modèle durable», à son goût. Il fait valoir qu'un cours de 1,15 contre l'euro serait acceptable. «La BNS a perdu beaucoup de sa crédibilité», conclut Bernd Schips.

«Personnellement je ne demanderais jamais la démission de Thomas Jordan», déclare Franz Jaeger. Il ajoute toutefois que «dans l'économie et la politique, l'appel à un changement de cours de la BNS va se faire entendre de plus en plus».

Dans la Schweiz am Sonntag, divers économistes en appellent précisément à un changement de politique monétaire. Peter Buomberger, économiste auprès d'Avenir Suisse, et ancien chef économiste d'UBS, estime que «l'on devrait à nouveau réfléchir à l'introduction du cours plancher».

Le journal dominical appuie aussi les critiques de Kurt Schiltknecht, ancien chef économiste de la BNS : «Les interventions de la Banque Nationale sur le marché des changes n'ont aucun effet à long terme», déclare-t-il. Pour sa part, Bernd Schips propose de lier le franc à un panier de monnaies.

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