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Un vol de billets porte atteinte à l’image de l’imprimeur Orell Füssli

La société dont la BNS est le principal client rencontre plusieurs problèmes. Elle a aussi pris beaucoup de retard dans la fabrication de la nouvelle série

Il aura fallu près d’un an pour qu’Orell Füssli et la Banque nationale suisse (BNS) se décident à communiquer sur une affaire de vol de billets. En octobre 2012, les autorités helvétiques apprennent de l’Agence britannique de lutte contre la grande criminalité que des billets de 1000 francs suspects ont fait leur apparition dans un bureau de change londonien. Le Ministère public de la Confédération (MPC) ouvre alors une procédure – toujours en cours – pour mise en circulation de fausse monnaie, vol et escroquerie. Il informe les deux entités, tout en leur demandant de rester discrètes pour les besoins de l’enquête. «Les billets non valables ne sont apparus en Suisse que ces dernières semaines», expliquait en outre mardi la BNS pour justifier un silence auquel elle a mis fin via un communiqué.

L’enquête a déjà abouti à l’arrestation de trois personnes et a démontré qu’au total 1800 billets de 1000 francs ont été dérobés – à une date non communiquée – chez l’imprimeur Orell Füssli avant d’être arrivés au bout du processus de fabrication. En clair, il manque des détails à ces coupures, comme un numéro de série, par exemple. La société basée à Zurich a annoncé qu’elle dédommagerait les détenteurs de billets incriminés, via la BNS.

De quoi expliquer au moins en partie l’avertissement sur résultats publié le 9 septembre par Orell Füssli. «Les dommages n’ont pu être quantifiés qu’au cours des dernières semaines», explique la société, qui justifie ces informations tardives par le «besoin d’éclaircissements sur les questions de responsabilité et d’assurance». Le groupe s’attend à une perte de 8 millions de francs dans la division impression de sécurité qui, outre les billets de banque, est aussi responsable de la fabrication de passeports.

Il ne s’agit pas d’une difficulté isolée. Au deuxième semestre, l’entreprise a continué d’enregistrer une perte, certes moins élevée qu’en 2012, mais toujours de 2,1 millions. Dans le rapport annuel du groupe, qui détient éga­lement une grande chaîne de distribution de livres, la direction déplorait que les bénéfices de la division impression de sécurité étaient tombés à des «niveaux inacceptablement bas en 2012». Le recul avait été causé par «des charges non récurrentes», expliquait le rapport, ajoutant qu’une «équipe menée par le directeur général» avait été chargée de «restructurer et de mettre en place tous les processus d’affaires essentiels». Une initiative qui aurait des coûts jusqu’en 2013, prévenait-il alors.

Plus marquant encore, Orell Füssli ne cesse de repousser l’impression des nouveaux billets de banque suisses, attendus depuis 2010. En décembre, la BNS a annoncé qu’il ne fallait pas attendre la nouvelle série avant 2015. Des reports justifiés par des «problèmes techniques» de la division impression de sécurité, dont la BNS est le plus grand client mais qui fournit des billets à d’autres pays.

Que dit la banque centrale de ces cafouillages? Dans une prise de position, son président, Thomas Jordan, rappelle que la collaboration entre l’institution et l’entreprise date de «nombreuses années». Il ajoute que «le vol de billets a été l’occasion de demander à Orell Füssli des mesures supplémentaires» pour s’assurer «qu’un tel événement ne puisse se reproduire». Soulignant qu’il s’agit du seul fabricant de billets en Suisse, Thomas Jordan ajoute que le développement de la nouvelle série de billets est en cours depuis plus longtemps et sera accéléré en collaboration avec la société.

La BNS pourrait-elle délaisser son fournisseur habituel? Spécialiste de la sécurité des billets et professeur à la Haute Ecole d’Ostwestfalen-Lippe en Allemagne, Volker Lohweg estime qu’un tel changement ne serait pas évident car le processus de production des billets et la logistique induite sont «extrêmement complexes». Les nouveaux billets seront de surcroît agrémentés de nouvelles technologies, qui nécessitent d’importantes recherches à chaque étape de la production. Fixer un calendrier précis de mise en circulation est par conséquent «très difficile», selon le professeur.

Hier, l’action de l’imprimeur, dont la BNS est le plus grand actionnaire, a perdu 2,1%. A la fin 2012, il réalisait un chiffre d’affaires de 287,8 millions et employait 1000 personnes dans dix pays. En 2012, hors cette affaire, 4300 faux billets de banque ont été saisis en Suisse, selon la BNS.

«La fabrication en cours des nouveaux billets par Orell Füssli sera accélérée»

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