On les a conçus comme des mouroirs, que l’on cachait à l’extérieur des villes. Dans ces asiles de vieillards, comme on les nommait au XIXe siècle, on a cherché à occulter cette dernière tranche de vie, où l’on se voit affaibli, le geste et la mémoire fuyants. Densification oblige, les localités se sont étendues jusqu’à ces établissements. La croissance démographique a logiquement mené à en construire de nouveaux, dans les centres urbains, tandis qu’en parallèle la prise en charge évoluait. On ne parle plus de placement en homes, mais de prise en charge psychogériatrique en établissements médico-sociaux (EMS).

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Les institutions rivalisent aujourd’hui de créativité dans l’accompagnement des personnes âgées. Elles se dotent de salles de sport high-tech. On y fait entrer des robots interactifs. Certains centres adaptent des méthodes pédagogiques renommées, comme celle de Maria Montessori, qui, au lieu de se focaliser sur les difficultés de la personne, s’appuient sur ses capacités préservées. Ils explorent aussi la voie de la nutrition pour enrayer les effets dévastateurs du temps sur les facultés cognitives. Le but, c’est d’abord le bien-être de la personne. Mais derrière ces initiatives, il y a aussi une quête de reconnaissance, une volonté d’inscrire ces institutions comme des acteurs à part entière de la santé.

S’il a gagné physiquement les centres urbains, l’EMS n’y a pas encore trouvé sa place

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Car s’il a gagné physiquement les centres urbains, l’EMS n’y a pas encore trouvé sa place. Les efforts déployés par les institutions pour nos aînés sont noyés dans une jungle tarifaire dénoncée le mois dernier par le surveillant fédéral des prix, où se mêlent financement hyper-réglementé des soins médicaux et prestations socio-hôtelières. Le prix mensuel moyen en EMS a de quoi effrayer, davantage encore que les ravages de l’âge: 9000 francs. De quoi engloutir un héritage dans les deux ans et demi que dure en moyenne un séjour.

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Les plus vieux se résument alors à ce chiffre, ils deviennent un fardeau, «une charge en soins» que l’on mesure avec des outils quantitatifs pour déterminer ce que la collectivité va devoir assumer. Que ce soit de manière directe, par le biais des subventions cantonales, qui pallient la couverture partielle des assureurs maladie. Ou indirecte, par le versement de prestations complémentaires aux rentes AVS et invalidité insuffisantes pour les trois quarts des résidents, ou plus selon les cantons.

On contourne le problème en misant sur les structures d’aide à domicile. Jusqu’à ce que l’état du patient ne permette plus d’éviter le placement en EMS. Forcé de choisir entre l’une ou l’autre option, il passe à côté d’une prise en charge qui serait peut-être plus adaptée en foyer pour handicapés, équipé pour accompagner les cas de démence lourde.

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La solution? Favoriser un panachage de réponses, grâce à une mise en réseau de toutes ces institutions. Elle profiterait tant à la personne âgée, qui bénéficierait de soins adaptés, qu’à la collectivité, par la réalisation de synergies sur le plan informatique, dans la gestion administrative et divers services d’intendance. Le tout sur fond de maîtrise des coûts de la santé, qui, comme l’espérance de vie, ne cessent de grimper.