RAPPORT DE LA BNS

Une année en fanfare pour les banques, à deux bémols près

Bénéfice historique pour le secteur, dont le niveau de «stress» est au plus bas depuis dix ans. Mais la retenue à la source pour l'UE fait sentir ses effets.

Le bénéfice 2005 des 337 banques établies en Suisse a atteint 24,8 milliards de francs (+58,9% par rapport à 2004), dépassant le précédent record de l'an 2000 (19,5 milliards), relève la Banque nationale (BNS) dans son état annuel du secteur publié jeudi. UBS et Credit Suisse y contribuent à elles seules pour 17 milliards.

La somme des bilans a augmenté de 14,3%. La bonne tenue des Bourses s'est traduite par une augmentation de 24,4% de la valeur des titres dans les dépôts de la clientèle, qui se montaient à 4412 milliards de francs à fin 2005.

Les dépôts des investisseurs institutionnels (le secteur principal) ont connu la plus forte progression (34,9%), devant ceux des entreprises (+26,9%) et des particuliers (+10,2%).

Au chapitre des opérations fiduciaires, les fonds provenant de l'étranger ont progressé de 19% au total, mais diminué de 27,1% pour les pays de l'UE. L'accord bilatéral sur la fiscalité de l'épargne entré en vigueur le 1er juillet 2005, imposant une retenue à la source de 15% sur les revenus de l'épargne, explique «sans doute» ce fort recul, écrit la BNS.

A ce bémol concernant les résultats financiers, il faut en ajouter un autre au niveau de l'emploi. L'exceptionnelle cuvée 2005 n'a créé «que» 3836 postes de travail (+3,3%, portant le total à 119 464 équivalents plein temps). Et encore les trois quarts concernent-ils les succursales étrangères. Un millier de postes ont été ajoutés en Suisse, essentiellement par les deux grandes banques.

Comment le système bancaire suisse résisterait-il à un choc provoqué par une forte hausse des taux d'intérêt, une récession, une chute de 30% du Swiss Performance Index, voire une combinaison de ces facteurs? De tels scénarios font l'objet du rapport sur la stabilité financière qu'a présenté jeudi Niklaus Blattner, vice-président du directoire de la BNS. Sa conclusion: «Le secteur bancaire suisse devrait être en mesure de faire face à une détérioration, même sensible, de son environnement.»

Risques sous contrôle

L'indice de «stress» calculé par l'institut monétaire est au plus bas depuis dix ans et devrait le rester l'an prochain (voir graphique). Cela est dû à la persistance de trois facteurs favorables: des taux d'intérêt relativement bas, une amélioration constante de la qualité des débiteurs, une meilleure couverture en fonds propres (sauf pour les grandes banques, dont la dotation reste faible en comparaison internationale si on la mesure à l'aune des ratios non pondérés en fonction des risques).

Les problèmes qui pourraient surgir sont de deux ordres, ajoute Niklaus Blattner. Le marché opaque des produits permettant le transfert du risque de crédit (CRT) pourrait être perturbé par une diminution de la liquidité. Toutefois, ce risque n'est ni aigu, ni spécifique aux CRT.

Par ailleurs, les banques cantonales et Raiffeisen, surtout actives dans le domaine des crédits en Suisse, pourraient souffrir d'une hausse des taux auxquels elles se refinancent à court terme, alors que leurs créances à long terme dégageraient des taux plus bas. Mais il y a peu d'indices que ce risque se concrétise, selon la BNS.

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