Marchés actions 2018

Une année noire pour les bourses mondiales, mais pas de panique

Aux Etats-Unis comme en Europe – y compris en Suisse – et en Asie, les bourses s’apprêtent à clôturer l’année en territoire négatif. En cause, le spectre d’une récession, l’immixtion de Donald Trump dans les affaires de la Fed et encore la guerre commerciale. Mais deux économistes relativisent le recul

Le Swiss Market Index (SMI) a cédé 12,64% sur l’année 2018. Seul un titre (Swiss Life) sur vingt a progressé. Le recul est particulièrement marquant pour les banques. La lanterne rouge Julius Baer a cédé 41,89%. Tout aussi spectaculaire, le groupe Swatch, qui caracolait en tête à la fin du premier semestre avec un gain de 18,55%, occupait jeudi le 14e rang, à -29,87% sur l’année.

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L’indice phare de la bourse suisse n’est pas une exception mondiale. La déroute concerne l’ensemble des principales places financières. Aux Etats-Unis, le S&P 500 a connu une séance folle mercredi avec +4,98%, soit la plus forte progression de son histoire. Ce qui n’a pas empêché cet indice, qui regroupe les 500 plus grandes capitalisations boursières américaines, de reculer de 8,25% sur l’année. Dow Jones (les 30 plus grandes entreprises) et Nasdaq (les entreprises technologiques) ont perdu respectivement 8,25% et 6,37%.

Le momentum baissier est venu des Etats-Unis

La chute des bourses européennes cette année est beaucoup plus dramatique: -16,17 pour Eurostoxx (indice boursier de 50 grandes entreprises de la zone euro), -19,63% pour le Dax allemand et 14,35% pour la Footsie. «En gros, l’Europe a connu le même momentum baissier que les Etats-Unis, commente John Plassard, consultant pour Mirabaud Securities à Genève. Avec quelques éléments perturbateurs en plus: le Brexit dans des conditions encore inconnues, l’Italie et le conflit avec Bruxelles, l’Allemagne et son industrie automobile sous menace des surtaxes américaines, la France et les «gilets jaunes.»

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L’Asie fait également grise mine. Shanghai et Shenzhen ont perdu respectivement sur l’année 24,92% et 33,44%. «La dégringolade a commencé dès le printemps dernier, c’est-à-dire dès le début de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, fait remarquer Christopher Dembik, chef économiste à la banque Saxo à Paris. Et d’ajouter: «Le scénario d’un ralentissement des exportations ainsi que plusieurs catastrophes naturelles au Japon ont pesé sur la bourse japonaise.» L’indice Nikkei a reculé de 11,8% cette année.

Faut-il s’en inquiéter?

Dès lors, faut-il s’inquiéter de ce mouvement baissier, même si l’ampleur varie selon les continents? «Clairement non, répond Christopher Dembik. N’oublions pas qu’aux Etats-Unis, qui donnent la direction, les bourses ont progressé non-stop depuis 2009 et gagné 250% en neuf ans.» Selon lui, le recul n’a commencé qu’en octobre, lié à l’anticipation d’une récession, à la chute des valeurs technologiques et à l’immixtion de l’imprévisible président américain Donald Trump dans les affaires de la Réserve fédérale américaine.

Christopher Dembik souligne aussi que les fondamentaux économiques aux Etats-Unis restent solides, avec une croissance d’au moins 2% en 2018, un taux de chômage au-dessous de 5%, des entreprises qui sont rentables et des consommateurs qui n’hésitent pas à dépenser parce qu’ils ont confiance dans l’économie. «Le recul de Wall Street est une réalité, mais il est trop tôt pour s’en inquiéter, rassure de son côté John Plassard. Il y a certes des points d’interrogation, mais la situation n’est pas aussi grave.»

Les valeurs suisses

Retour sur les actions suisses. John Plassard fait d’emblée noter que le SMI suit la tendance européenne mais reste protégé par des valeurs défensives comme la pharma. Zurich a mieux résisté que les bourses européennes. «Nous venons de voir une rotation sectorielle historique, c’est-à-dire le transfert des investissements sur des valeurs plus sûres, analyse-t-il. C’est ainsi que le luxe qui avait bien performé au premier semestre est désormais relégué vers le bas du classement des titres vedettes du SMI.» Et d’ajouter qu’en temps normal, l’indice suisse est tiré par quatre valeurs seulement: Novartis, Roche, Swatch et Richemont.

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En ce qui concerne les valeurs bancaires – UBS, Credit Suisse et Julius Baer –, elles sont, selon John Plassard, tirées vers le bas presque en solidarité avec des banques européennes qui sont toujours hantées par le spectre d’une nouvelle crise bancaire dans la zone euro.

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