Alors que la bourse traverse une tempête, il est bon de connaître des instruments permettant de se prémunir de la volatilité des marchés, dans la mesure du possible. L'un d'entre eux est le recours à une stratégie de marché neutre. En effet, cette approche permet de minimiser le risque de marché (bêta), quelles que soient les évolutions boursières.

En soi, le processus est simple: un gestionnaire prend des positions longues sur certains titres, mais courtes sur d'autres, en les équilibrant afin d'obtenir un rendement positif, tout en restant largement indépendant de la direction prise par les marchés.

Avec cette minimisation du bêta, dans un environnement en baisse et volatil, un portefeuille basé sur une stratégie market neutral est censé mieux se comporter qu'un portefeuille diversifié long-only. En particulier s'il y a repli ou nervosité des marchés, car il procurera alors un rendement supérieur à des placements liquides (bons du Trésor), mais avec une volatilité restreinte, qui se rapproche de celle des investissements obligataires.

L'ambiance actuelle des marchés le démontre bien: une grande nervosité entraîne d'évidentes inefficiences. Un gestionnaire expert d'un secteur ou d'une industrie pourra en tirer parti. Par une sélection bottom-up de titres apparentés, il achètera des actions sous-évaluées et susceptibles de se redresser et vendra à découvert des titres surcotés dont le cours devrait chuter.

Avec un objectif prioritaire qui est la couverture des risques, le rendement du portefeuille est déterminé par la sélection rigoureuse des titres (en contrôlant le risque spécifique de chacun d'eux), plutôt que par son exposition au risque de marché. D'où une bonne diversification des sources de rendement par rapport aux portefeuilles long-only et une faible corrélation avec ces derniers.

Dans un marché haussier, la stratégie de marché neutre vise également à générer un rendement total supérieur à celui des instruments de courte échéance. Ainsi, un modèle de momentum permet d'assurer un rendement en fonction de la continuité d'une hausse des marchés.

En effet, même sur un marché haussier, il se crée des anomalies entre des titres apparentés. Le gestionnaire peut donc tirer profit du mouvement des titres individuels. Certaines positions longues devraient donc mieux performer que le secteur, même si celui-ci montre une grande vigueur. De la même manière, les titres jugés faibles constitueront les positions courtes qui devraient performer plus faiblement que l'ensemble du secteur.

La mise en œuvre d'une stratégie de marché neutre peut recourir à deux techniques de base: l'arbitrage statistique et l'arbitrage fondamental.

L'arbitrage statistique part de l'hypothèse que le cours d'une action tend vers une moyenne historique. En se basant sur des modèles mathématiques poussés, le gestionnaire entend identifier des anomalies de marché mineures et de court terme, lesquelles poussent certains titres à s'écarter de leur «juste» valeur. Il prendra donc des positions longues sur les valeurs ayant des évaluations au-dessus de la moyenne du groupe et prendra des positions courtes sur celles affichant des évaluations en dessous de la moyenne.

Ces modèles se basent sur des algorithmes mathématiques et des tests sophistiqués qui se fondent sur les données historiques des cours boursiers. Cela permet de reconnaître des particularités, notamment dans les caractéristiques propres à chaque compagnie (fondamentaux, mais aussi événements exceptionnels) qui influencent l'évolution du cours de son titre. Ce type d'arbitrage, principalement quantitatif, est assisté par ordinateur. Le gestionnaire utilise de nombreux logiciels lui permettant de détecter et mettre en évidence des anomalies, afin d'identifier les arbitrages les plus intéressants. JPMorgan Asset Management a été l'un des premiers à exploiter un modèle de ce type dans un fonds UCITS III à liquidité journalière.

L'arbitrage fondamental est plus qualitatif. Le gestionnaire construit des portefeuilles de titres d'un secteur particulier par stock picking. Le pair trading est un exemple d'arbitrage fondamental. Le rendement découle alors de la différence de prix entre les deux valeurs, plutôt que la direction que prend chaque valeur.

Un avantage de cette approche quantitative de l'arbitrage statistique est la capacité de systématiser les démarches de gestion de titres. Quant à l'arbitrage fondamental, il permet d'évaluer les risques propres aux valeurs et aux marchés liés aux titres. Dans les deux cas, l'objectif final est le même: réduire le bêta au maximum en procurant le meilleur rendement à l'investisseur.