Technologie

Une bataille sur l’éthique déchire les GAFA

Tout comme Facebook, Google a espionné, contre rémunération, les habitudes d’utilisateurs de smartphones. L’affaire pourrait profiter à Apple, qui s’érige en défenseur de la vie privée

Des adolescents espionnés en permanence, Facebook qui cache son nom derrière d’autres sociétés, une guerre des mots entre les dirigeants des plus puissantes multinationales… L’affaire des utilisateurs de smartphones pistés contre rémunération a pris de l’ampleur ces dernières heures. La bataille qui oppose Facebook, Apple et Google (les GAFA, en ajoutant Amazon) a un enjeu central: connaître de la manière la plus fine possible le comportement des internautes pour leur afficher de manière efficace des publicités personnalisées, mais aussi pour lancer de nouveaux services.

L’affaire éclate en milieu de semaine lorsque le site spécialisé TechCrunch révèle que, depuis 2016, Facebook paie des jeunes de 13 à 35 ans 20 dollars (20 francs) par mois, sous forme de bons cadeaux, pour savoir tout ce qu’ils font sur leur smartphone. L’application spéciale que les cobayes téléchargent envoie à Facebook toutes leurs conversations (SMS, e-mails, etc.), leurs photos et vidéos, leur localisation, les sites qu’ils visitent, les applications qu’ils emploient.

Trois actes déloyaux

Le réseau social, qui demandait aussi des captures d’écran des achats faits via Amazon, est accusé de trois actes déloyaux. D’abord, les publicités pour ce programme d’espionnage étaient surtout visibles sur Snapchat et Instagram et visaient ainsi les 13-17 ans. Ensuite, Facebook cachait son nom derrière plusieurs sociétés tierces: Applause, BetaBound et uTest. Enfin, le réseau social a diffusé son application fouineuse pour tous, alors qu’elle n’aurait dû être utilisée qu’en interne, contrevenant ainsi aux règles de l’App Store d’Apple.

Ce dérapage intensifie la guerre entre Facebook, Google et Apple. Ce dernier a immédiatement retiré ses droits spéciaux à Facebook, ce qui risque de freiner le développement de prochaines versions d’Instagram et de WhatsApp, appartenant tous deux au groupe dirigé par Mark Zuckerberg. Facebook a «très clairement enfreint l’accord avec Apple», a réagi la marque à la pomme.

Pour Tim Cook, son directeur, cette affaire est une aubaine. L’homme n’a cessé de vanter le respect, par sa société, de la vie privée, attaquant souvent indirectement Facebook et Google. Récemment, Tim Cook avait affirmé que les données personnelles «sont transformées en arme contre nous avec une efficacité toute militaire». «En 2019, il est grand temps de défendre le droit à la vie privée, le vôtre, le mien, de tout le monde», plaidait le directeur d’Apple il y a deux semaines dans Time.

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Google aussi visé

Facebook s’est défendu, affirmant que les participants à ce programme le faisaient en connaissance de cause et que les adolescents avaient la permission de leurs parents. Aucune excuse, cette fois, du réseau social. Celui-ci semble, comme l’ont indiqué les propos de Mark Zuckerberg mercredi soir lors de la présentation des résultats annuels, adopter une stratégie plus offensive. Plusieurs voix se sont élevées pour qu’Apple retire même l’application Facebook de son App Store – «car toute personne abusant de son contrat subit cette sanction», écrivait un développeur. Dans les faits, ce scénario s’avère hautement improbable.

De son côté, Google – qui n’a pas le même passif que Facebook en matière de non-respect de la vie privée – est lui aussi affaibli par ce scandale. D’abord parce que jeudi, il n’avait pas retiré l’application incriminée de Facebook de son magasin d’applications. Mais aussi parce que TechCrunch a révélé que Google possède un système de récolte de données similaire à celui de Facebook. Mais contrairement à ce dernier, il est labellisé «Google» et ne vise pas en priorité les adolescents.

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