Luxe

Une boite de cigares à un million, le pari fou d'Imperiali

La jeune société genevoise a déjà vendu quatre de ses douze coffres à cigares à 1 million de francs. A Baselworld, elle exposait son «Emperador» pour la première fois au grand public. Mais son patron planche déjà sur une prochaine invention

Dans l’espace dénommé Les Ateliers, au sein du salon Baselworld qui s’est achevé jeudi, une cinquantaine d’horlogers indépendants étaient regroupés. Parmi eux, il y avait un intrus, un vendeur de coffres à cigares de luxe du nom d’Imperiali.

Dans le sillage des champagnes aux paillettes d’or, des super voitures aux milliers de chevaux ou des smartphones sertis de diamants, la jeune société genevoise commercialise l’Emperador au prix d’un million de francs. Un tarif bien précis qui fait aussi figure d’argument marketing. Mais un prix qui ne met pas Imperiali mal à l’aise, au sein d’un groupe d’horlogers dont les modèles sont parfois vendus à plusieurs centaines de milliers de francs. «Etre ici, à Bâle, nous offre une certaine légitimité», appuie Davide Pasciutto, le cofondateur et directeur.

Des cigares enveloppés d’or

C’est la première fois que l’Emperador, avec ses 70 cm de long, 45 cm de large et 30 cm de haut, était directement présenté au public. C’est «LE» grand test, concède le gérant de fortune reconverti en entrepreneur. Et pour l’instant, l’examen est réussi. «L’intérêt est réel», assure Davide Pasciutto, en précisant qu’à Bâle, il cherche à nouer des contacts avec des distributeurs prêts à accueillir son objet d’exception dans leurs boutiques.

L’Emperador est composé d’un peu plus de 2600 composants. En son centre, il embarque un cadran de montre à tourbillon. En son cœur, un coupe-cigares à laser et guillotine, un allume-cigare à gaz, un cendrier intelligent et, évidemment, vingt-quatre cigares «grands cru» individuellement enveloppés dans des feuilles d’or.

Depuis les débuts commerciaux d’Imperiali, en 2015, quatre exemplaires ont été vendus, sur la douzaine qui est ou sera produite. Mais Davide Pasciutto ne compte pas s’arrêter là. La société, qui compte deux associés, deux employés et travaille avec une centaine de personnes en sous-traitance, a déjà plusieurs autres projets en tête.

«Nous fabriquons de l’eau»

Son patron se montre volontairement imprécis, mais il livre quelques pistes: l’horlogerie, le domaine viticole ou celui du café. Il ajoute: «Nous fabriquons de l’eau!» Traduction: Imperiali a déposé un brevet pour son système régulation de l’humidité – sans eau ni intervention humaine – à l’intérieur du coffre.

Cette invention doit permettre à la société de se profiler dans des domaines où ce genre d’exigences est particulièrement élevé. Son directeur évoque le transport ou la conservation d’œuvres d’art ou, pourquoi pas, de truffes. Quoi qu’il en soit, l’année 2018 devrait être celle durant laquelle Imperiali présentera l’une de ses autres idées.

«Les acheteurs sont là»

Ce sera forcément du même acabit. Davide Pasciutto ne pense pas que le contexte difficile dans lequel évolue l’horlogerie aujourd’hui soit défavorable à son développement. «Cela aurait peut-être été plus facile avant 2008, mais peut-être pas… Dans le segment dans lequel nous sommes, les acheteurs sont toujours là. Ce sont des multimillionnaires ou des milliardaires.»

Bon an mal an, le marché mondial de l’ultraluxe ne cesse de croître. Entre 2005 et 2015, le nombre de personnes assises sur une fortune de plus de 30 millions de dollars a augmenté de 61%, de 117 000 à 187 500, selon les chiffres de Knight Frank. «La capacité des marques de luxe à satisfaire ce type de clients est seulement limitée par leur capacité à leur offrir des produits et des services. Il y a beaucoup de demandes, et il y a encore plus de demandes inassouvies». Cette phrase est de Douglas Gollan, le patron du groupe de presse new-yorkais Elite Traveler. Elle date de 2013, mais elle est toujours d’actualité. C’est le credo de Davide Pasciutto.

Le jeune entrepreneur se plaît d’ailleurs à souligner que ses quatre premiers acheteurs ne sont pas de grands amateurs de cigares. Preuve, selon lui, que son objet séduit par ses charmes esthétiques et mécaniques, et pas forcément pour sa fonction première. Comme une montre qui, accessoirement, donnerait l’heure.

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