De mémoire d’économiste, c’est du jamais-vu. «Ce sont des mesures pour une économie de guerre», constate l’un d’entre eux, Cédric Tille. Le professeur du Graduate Institute ajoute: «Et c’est bien dans une situation de ce type que nous nous trouvons: un choc extérieur, tout est paralysé. Plus rien ne bouge.» Pour lui, le Conseil fédéral devra probablement de nouveau mettre la main au porte-monnaie. Son confrère Sergio Rossi ne le contredira pas, lui qui juge le montant de 100 milliards articulé cette semaine par l’institut KOF tout à fait réaliste. Un montant colossal, sans commune mesure avec les précédentes mesures conjoncturelles adoptées par la Confédération.

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Car, contrairement aux idées reçues, le Conseil fédéral est intervenu à plusieurs reprises pour soutenir l’économie depuis la fin des Trente Glorieuses. Lorsque, entre 1974 et 1976, le PIB suisse perd 7,5% de sa valeur, il lance ainsi trois programmes de création d’emplois, note, en 2009, Peter Balastèr dans la revue La vie économique. Une initiative entreprise malgré des déficits budgétaires qui lui coûtera au total 5 milliards de francs. On est bien loin des 42 milliards qui sont d’ores et déjà débloqués pour limiter la force de nuisance économique du Covid-19. 

Programme d’acquisition en 1983, bonus à l’investissement en 1997, soutien à l’innovation et à la recherche pour atténuer l’impact de la force du franc dans un passé plus récent… à plusieurs reprises, la Confédération déliera de nouveau les cordons de sa bourse pour venir en aide aux entreprises.

Six milliards pour sauver UBS en 2008

C’est bien sûr le sauvetage d’UBS et la récession de 2009 qui nécessiteront l’intervention la plus musclée. Le 16 octobre 2008, le Conseil fédéral et la BNS annoncent débloquer 60 milliards de francs pour sauver la première banque du pays, plombée par la crise des subprimes aux Etats-Unis. Six milliards iront à l’établissement «trop grand pour faire faillite», histoire d’assainir ses fonds propres, 54 serviront à créer une bad bank pour accueillir ses actifs toxiques.

Au final, les collectivités publiques ne perdront pas un centime dans l’opération. Au contraire, elles réaliseront même des bénéfices. En injectant des liquidités pour permettre aux entreprises de bénéficier de prêts facilités, en étant le garant dans des opérations de cautionnement, Berne ne s’en sortira évidemment pas aussi bien cette fois. 

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En déployant son bras protecteur autour des épaules des indépendants, des parents contraints de rester à la maison pour veiller sur leurs enfants ou du personnel intérimaire – des mesures complètement inédites –, la Confédération insuffle toutefois une énorme dose de confiance à l’économie. Elle pose ainsi les bases nécessaires à une reprise rapide une fois l’épidémie endiguée. Ce qui est aussi dans son intérêt et dans celui de ses finances. 

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