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Des traders à Wall Street. L'un simule-t-il une bulle du marché?
© Brendan McDermid/Reuters

Vos finances

Une bulle? Faut-il commencer à vendre les actions?

Les indicateurs de surchauffe clignotent. La grande majorité des banques s’attendent à une poursuite de la hausse, mais de mauvaises surprises concernant l’inflation et les politiques monétaires surviendront très bientôt, avertit Pictet. Une prudence accrue semble de mise

Le niveau des prix des actions est «extrêmement élevé», écrit Jeremy Grantham, cofondateur de GMO. Mais ce critère ne suffit pas à définir une bulle. «Les indicateurs d’extrême euphorie sont plus importants», indique le financier, qui avait prévu la fin de la bulle internet et la crise financière de 2008. A son goût, la phase finale de la hausse suppose une accélération et des gains de 60% environ (bulle tech) à 104% (1929). Il anticipe un sommet du marché entre 3400 et 3700 à l’indice S&P 500, lequel serait atteint dans plus de vingt mois.

L’indicateur du nombre d’actions en hausse par rapport à celui en baisse n’est pas encore menaçant, écrit-il. Le meilleur signe de pic sera le contenu du téléjournal. Si l’on parle de Tencent, Amazon et du bitcoin, à son avis, il faudra prendre garde.

Huit indicateurs de surchauffe sur dix

Les clignotants boursiers sont pourtant à l’orange. La part cash en portefeuille est au plus bas depuis cinq ans, selon le sondage de BofA Merrill Lynch. L’allocation en actions est au plus haut depuis deux ans. Les investisseurs attendent un pic des marchés «en 2019 ou au-delà». Et l’exposition des hedge funds en actions atteint son plus haut niveau depuis 2006. Attention, danger? «Huit de nos dix indicateurs de surchauffe des actions sont cochés. Nous ne partageons pas l’optimisme ambiant et ne pensons pas pouvoir poursuivre les tendances de l’an dernier», indique Steve Donzé, stratégiste senior chez Pictet Asset Management. Les deux derniers indicateurs manquants portent sur les fusions et acquisitions, qui n’atteignent pas encore des niveaux record, et une capitulation des épargnants qui n’ont pas encore acheté des actions.

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Ce dernier craint un choc sur l’inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie). «Dès juin, la hausse des prix devrait dépasser l’objectif des banques centrales. Cet effet se doublera d’un assèchement brutal des liquidités des banques centrales», ajoute-t-il. Et cela signifiera la fin de la protection des marchés par les instituts d’émission monétaires, ce que l’on appelle le put des banques centrales. «Les investisseurs devront défendre eux-mêmes leurs portefeuilles et ne pourront plus se fier aux instituts monétaires», explique Steve Donzé. Ce moment de tension surviendra vers la fin du deuxième trimestre, selon Pictet. Les marchés ne devraient pas progresser de plus de 10% entre-temps.

Consensus encore haussier

Pourtant, le gérant d’actifs n’attend pas de baisse des marchés sur l’ensemble de l’année et ne demande pas de réduire la part en actions dès maintenant. Le rendement devrait atteindre 5% sur l’ensemble de l’année. Mais si l’augmentation des bénéfices de 5 à 10% soutiendra le rendement des actions, le multiple des bénéfices devrait se contracter en raison du double choc cité plus haut. Steve Donzé propose de privilégier les actions cycliques au bénéfice d’une faible évaluation.

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Le consensus des banques est plus optimiste. «Si quelqu’un est largement investi en actions, nous recommandons de ne pas en accumuler davantage, mais s’il dispose de cash cela vaut la peine d’investir, explique Gérald Moser, responsable de la stratégie actions auprès de Credit Suisse. Les actions restent la classe d’actifs la plus intéressante.» Le niveau d’évaluation est certes élevé, mais la croissance mondiale est synchrone et l’inflation très basse.

La hausse attendue en 2018 pour les indices mondiaux devrait toutefois être inférieure aux 20% de l’an dernier et atteindre environ 10%. La volatilité devrait être également plus forte et se hisser vers 13 à 15% en réponse à l’évolution des deux risques principaux que sont la politique monétaire américaine et l’inflation.

Credit Suisse privilégie les secteurs cycliques, y compris les industriels et l’énergie, propose d’être neutre à l’égard des financières et des technologiques et négatif vis-à-vis de l’alimentation.

Scénario économique idéal

«Il existe encore un potentiel de hausse parce que le scénario économique est idéal. On le qualifie de «Boucle d’or», avec une croissance synchronisée de toutes les grandes économies et sans inflation. Les bénéfices 2018, renforcés par la réforme fiscale, devraient croître de 15 à 16%», déclare Philippe G. Müller, économiste responsable pour la Suisse romande auprès d’UBS WM. «Si on n’est pas investi en actions aujourd’hui, alors quand le sera-t-on?» demande-t-il.

L’évaluation des actions est «correcte et encore loin de l’état de bulle», selon UBS. «Il faut rester investi et accepter la volatilité qui devrait s’accroître ces prochains mois», recommande Philippe Müller. La hausse devrait toutefois être inférieure à l’an dernier.

Une excellente dernière année de hausse

Lors de la première phase d’un cycle, le rendement des actions atteint 40%. Il descend ensuite vers 10% avant de s’accélérer à 22% en moyenne lors de la dernière année de hausse, indique UBS en fonction d’une étude portant sur près d’un siècle de marchés financiers.

«Il n’y a pas de bulle des actions si l’on analyse la valorisation des titres, le sentiment des investisseurs, la croissance économique synchrone et sans inflation et les taux d’intérêt bas», déclare Alan Mudie, responsable de la stratégie d’investissement de Société Générale Private Banking. Les actions devraient s’apprécier en 2018, moins aux Etats-Unis qu’en Europe, en raison de l’écart de valorisations. L’institut partage l’opinion majoritaire d’une hausse des actions en 2018, mais Alan Mudie propose tout de même une attitude prudente. «Je ne recommanderais pas d’accroître les propositions pour un investisseur qui a pleinement participé à la hausse, mais plutôt de modifier la composition de ses avoirs», indique-t-il.

Avec 18 000 milliards de dollars injectés par les programmes d’assouplissement quantitatif, il est désormais reconnu que la plupart des classes d’actifs sont plus ou moins onéreuses, constate David F. Lafferty, chef stratégiste auprès de Natixis Investment Managers. A elles seules, les valorisations ne sont pas un problème. En général, un catalyseur est nécessaire pour déclencher une correction. Il semble opportun de renoncer en partie au potentiel haussier des marchés pour éviter les dangers inutiles, estime Natixis.

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