Au premier trimestre, l’économie suisse s’est encore enfoncée dans la récession, selon les données publiées aujourd’hui par le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO). Le PIB réel (produit intérieur brut corrigé de l’inflation) s’est contracté de 0,8% entre janvier et mars 2009 par rapport au trimestre précédent. Un recul, en comparaison trimestrielle, d’une ampleur inédite depuis le deuxième trimestre de 1994.

Il s’agit du 3e recul trimestriel consécutif. Au troisième trimestre 2008, l’économie suisse avait perdu 0,2%, et 0,6% au quatrième.

En comparaison annuelle, c’est-à-dire par rapport au premier trimestre 2008, le PIB a reculé de 2,4%, ce qui n’était jamais arrivé depuis 33 ans. Selon Bruno Parnisari, chef du secteur Conjoncture à la Direction de la politique économique du Seco, une contraction de plus de 2% peut être qualifiée de récession sévère.

Pour la suite de l’année en cours, plusieurs analystes, notamment dans les banques cantonales vaudoise et zurichoise, s’accordent à penser que le deuxième trimestre 2009 affichera également un recul, et que si l’on peut attendre une reprise, elle ne se produira pas avant la fin de l’année.

Reste que la Suisse s’en sort toujours mieux que ses voisins. Le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro a reculé de 2,5% par rapport au trimestre précédent, une baisse exceptionnelle et supérieure à celle des Etats-Unis. Sur un an, l’économie de la zone euro s’est contractée de 4,6%. «Il faut souligner que la croissance helvétique était supérieure à celle de ses voisins ces dernières années, souligne Bruno Parnisari, ce qui a peut-être créé une certaine inertie positive. Cela s’explique peut-être aussi par la structure géographique des exportations ou par la diversification des portefeuilles de produits vendus à l’étranger.»

En revanche, la Suisse atteindra sans doute le creux de la vague un peu plus tard que la zone euro, explique un chercheur chez Gonet & Cie. «Les importants plans de relance mis en place à l’étranger vont sans doute commencer à porter leurs fruits». En revanche en Suisse, «les mesures instaurées ont été très faibles. C’est une goutte d’eau dans l’océan», déplore-t-il.

Le Conseil fédéral réfléchit actuellement à un troisième plan de relance. La ministre de l’économie Doris Leuthard veut notamment renforcer la lutte contre le chômage. Elle va proposer au gouvernement un paquet de mesures supplémentaires pour un montant de 300 à 400 millions de francs.

Les exportations ont chuté de 5,4% depuis le dernier trimestre, alors que la crise touche désormais tous les secteurs de l’économie suisse. Les exportations de marchandise ont reculé plus fortement (-6,6%) que celles des services (-2,3%).

La consommation continue elle aussi de chuter, alors qu’elle a longtemps été un des derniers remparts de l’exception suisse. Les dépenses de consommation des ménages privés ont quasiment stagné, à + 0,1%.

Du côté des investissements, la dynamique baissière a été moins marquée au 1er trimestre que lors des deux précédents (-0,4%). La consommation continue pour sa part de résister. Les dépenses des ménages privés ont stagné (+ 0,1%). Celles des administrations publiques ont en revanche augmenté de 1,4%.

En terme de valeur ajoutée, le secteur de la finance a connu un fort recul (-3,2%). L’agriculture (-2%), l’industrie (-1%) et la construction (-0,8%) ont aussi enregistré un repli significatif. Par contre, les domaines du commerce, de l’hôtellerie-restauration, des transports et des communications ont généré une valeur ajoutée en hausse de 0,2%.