Aviation

Une compagnie veut s’immiscer entre les jets privés et les lignes commerciales à Genève

La Nova doit voler dès le mois d’octobre, au départ de Genève. La compagnie aérienne propose des vols à heure fixe en évitant les attentes du terminal principal

Le premier week-end d’août, l’Aéroport international de Genève (AIG) a reçu 114 200 passagers. C’est pour éviter cette foule que David Roman Voegeli a eu l’idée de créer La Nova. Selon ce professionnel de l’aviation, qui a notamment dirigé le département des ventes de FlyBaboo, le voyage en avion est devenu «un cauchemar»: en plus du temps perdu, il regrette le «nivellement par le bas» qu’a connu le service à bord.

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La compagnie aérienne entend faire gagner du temps à ses clients en décollant du terminal des jets privés. Aux lignes traditionnelles, la société, inscrite au Registre du commerce genevois en novembre 2017, emprunte deux principes: les horaires et les destinations fixes. Dans ces dernières, on trouve des lieux de villégiature (Dinard, La Rochelle, Saint-Moritz) et des centres qui attirent la clientèle d’affaires (Anvers, Nice, Stuttgart). Les premiers vols sont prévus pour la mi-octobre, à temps pour les vacances scolaires.

Réductions pour les sociétaires

La Nova annonce des prix qui la placent entre les deux segments: 1190 francs pour un aller-retour à Dinard, 590 francs pour Hyères ou Nice. La compagnie comptera cependant des privilégiés, membres de son club, qui bénéficieront de réductions. Plus importante est la cotisation (de 10 000 à 30 000 francs), plus gros est le rabais (de 10 à 30%). Le recrutement de 150 sociétaires est prévu, dont les desiderata feront évoluer l’offre.

La compagnie ne possédera pas les deux avions qui voleront pourtant sous ses couleurs (36 places pour l’ATR 72 et 7 sièges pour le PC-12). Une société les lui louera, ainsi que le personnel nécessaire. «J’ai énormément appris de mes expériences passées, dit David Roman Voegeli. Chez FlyBaboo, nous possédions un avion et comptions 60 salariés. La Nova a une structure de coûts plus légère: deux appareils en leasing et dix employés.» Une extension à Zurich et à Strasbourg est prévue pour 2019. La compagnie compte être rentable un an après le premier vol.

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Avec 17,35 millions de passagers en 2017, Cointrin est sous pression. Pour en maîtriser la croissance, les autorités politiques qui chapeautent l’infrastructure ont défini une stratégie qui vise à contraindre les conditions de vol. Berne doit la valider cet automne. Dans ce contexte, on devine que le lancement d’une nouvelle offre est accueilli fraîchement. «L’aéroport limite l’exploitation des vols privés à 5 décollages par heure, ce qui nous est applicable, dit le directeur général. Il n’y a pas à craindre une extension des créneaux attribuables. Nous ne faisons qu’utiliser ceux qui sont disponibles. Le souhait de l’aéroport, c’est d’éviter qu’un créneau disponible ne soit attribué à une destination bénéficiant déjà d’une offre abondante, comme c’est le cas du 67e vol d’un samedi d’hiver pour Londres.»

La lutte pour les «slots»

La lutte pour les créneaux de vol (slots) promet d’être serrée. Avec sa piste unique, l’AIG déploie des trésors d’ingéniosité dans la gestion de ces droits. Et La Nova ne sera pas prioritaire. «La compagnie n’a pas de certificat de transporteur aérien et opérera donc en tant que vol commercial IFR. Selon notre règlement d’exploitation, ces vols n’ont accès à nos infrastructures qu’en troisième priorité et si la capacité le permet», fait savoir Taline Abdel Nour, chargée de communication de l’aéroport.

Il existe une autre contrainte: si les compagnies commerciales reçoivent confirmation des horaires demandés une saison à l’avance, ce délai se réduit à cinq jours pour les privés. «Nous pensons raisonnablement que les créneaux confirmés n’auront pas une différence de plus de 15 minutes avec ceux souhaités, dit David Roman Voegeli. L’horaire définitif sera de toute manière communiqué au client 5 jours avant le départ, avec possibilité d’annuler le vol sans frais.»

Un débat à propos du terminal d'affaires

L’occupation du terminal d’aviation d’affaires est un sujet sur lequel la discussion avec la direction de l’aéroport a été vive, reconnaît le directeur général. Cette dernière semble craindre que La Nova ne transforme ce lieu feutré en un hall bruyant. Son fondateur a pu rassurer ses interlocuteurs: «Nous avons garanti à la direction que les clients des jets d’affaires garderont la priorité sur les nôtres, et que nous nous tiendrons à la limite de 20 passagers par vol, sachant que nous avons planché sur un taux de remplissage d’environ 40%, soit 15 passagers par vol.»

Le modèle économique de La Nova ne lui permettra pas d’adopter les mauvaises habitudes des jets privés qui agacent, à Cointrin: réserver dix slots pour anticiper les caprices de leur clientèle, mais n’en utiliser qu’un seul, et multiplier les vols à vide.

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