«Il manque un système global d'information cohérent entre toutes les statistiques à disposition.» Tel est le message fondamental que souhaitent transmettre la Direction du développement et de la coopération (DDC) et l'Office fédéral suisse de la statistique (OFS), coorganisateurs d'une conférence internationale sur la statistique, le développement et les droits de l'homme, qui réunira à Montreux du 4 au 8 septembre prochains quelque 700 participants de 110 pays.

Ni débat politique sur les violations des droits de l'homme, ni débat sur la réalisation du développement humain, cette rencontre professionnelle entend essentiellement permettre d'instaurer un dialogue multidisciplinaire entre scientifiques, analystes et politiques sur la pertinence de l'information statistique à disposition et des indicateurs de mesure de la mise en œuvre des droits fondamentaux et du développement humain.

L'objectif, comme le souligne Carlo Malaguerra, directeur général de l'OFS, est de sortir définitivement la statistique publique de sa tour d'ivoire pour se mettre au service des utilisateurs et de la mise en œuvre des décisions internationales phares des années 1990. Dans les domaines de la promotion des droits humains, de la lutte contre la pauvreté, de la protection de l'environnement, du contrôle démographique et du droit des femmes, la demande d'information et d'analyse statistique s'accroît toujours plus.

Si les organisateurs veulent procéder à un état des lieux sur la question, le programme de travail de la conférence néglige toutefois certaines thématiques. Les droits économiques, sociaux et culturels (DESC) sont relativement passés sous silence. Pourtant, ces derniers constituent historiquement une source d'opposition entre les pays occidentaux, qui privilégient les droits civils et politiques et les pays en développement, qui année après année tentent de promouvoir les DESC au sein de la Commission des droits de l'homme.

Partage de compétences

Lors de sa dernière session justement, le refus américain de signer une résolution sur le droit à l'alimentation avait entraîné l'abstention des pays européens et du Japon. Le directeur de la DDC, Walter Fust, estime pour sa part, que les DESC sont déjà suffisamment discutés au sein de l'Organisation mondiale du commerce et du Bureau international du travail. La déclaration de son directeur, Juan Somavia, sur la mise en œuvre des DESC est toutefois très attendue. Hormis un traitement sporadique dans quelques-unes des 300 contributions libres de jeunes scientifiques invités, il manque aussi à l'appel les thèmes du développement durable, de la criminalité organisée et du processus d'élaboration de l'expertise qui peut orienter pourtant dans un sens ou dans un autre la production de statistiques. Pourquoi la question de l'expertise n'est-elle pas abordée? Pour Walter Fust, celle-ci se pose surtout en termes d'accès aux statistiques et, pour l'essentiel, de l'accès des pays en développement au réseau Internet. Quant à la durabilité, le directeur de la DDC laisse le soin aux institutions internationales comme la Banque mondiale ou l'Organisation de coopération et de développement économique en Europe (OCDE) de poursuivre leur travail en matière d'indicateurs de développement durable.

Les organisateurs n'entendent donc surtout pas marcher sur les plates-bandes des agences de développement productrices de statistiques, comme le Programme des Nations unies pour le développement, la Banque mondiale ou l'OCDE, mais d'inciter essentiellement à la création d'instituts nationaux de statistiques. L'information statistique constitue certes le nerf de la promotion des droits humains. Mais dans ce contexte de chasses gardées, il n'est pas certain que son institutionnalisation lui garantisse un réel statut d'autonomie et d'indépendance.