La crise pandémique que nous traversons chamboule notre quotidien, que ce soit à la maison, avec pour beaucoup les enfants qui ne vont plus à l’école, ou au boulot – pour ceux qui peuvent continuer de travailler, malgré les fermetures ordonnées ou les restrictions sanitaires émises par le Conseil fédéral. Cette situation exceptionnelle requiert la solidarité de tous et demande des sacrifices de chacun. Les divisions partisanes doivent être temporairement mises de côté pour gérer cette crise sanitaire – et la crise économique qui en découle – pour le meilleur du pays.

Dans un tel contexte, glisser sous le couvert de l’urgence de la crise d’anciennes revendications politiques devrait faire rougir tout politicien qui se respecte, et enrager les électeurs. Mais visiblement, tous n’ont pas les mêmes scrupules. Les appels à la fermeture des frontières de l’extrême droite résonnent publiquement avec les appels à la décroissance et au repli national de la gauche verte. On parle ouvertement de relocalisation, de se recentrer sur l’Europe (et donc de bouder l’Asie) et de découpler l’économie suisse du reste du monde.

Or, si par définition une pandémie est une crise sanitaire mondiale, cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’une crise de la mondialisation. Certes, le marasme sanitaire et économique en Chine s’est fait rapidement sentir en Europe, et touche toujours plus l’Amérique du Nord et du Sud. Cette contagion – par le virus et par la crise économique – montre bien à quel point nos économies sont devenues globales et interdépendantes.

Les avantages de la diversification géographique

Mais dans cette même crise, les avantages d’une diversification géographique ne peuvent pas être ignorés non plus. La Chine semble avoir surmonté la première vague du coronavirus. Selon les sources officielles, on ne dénombre plus de nouveaux cas depuis plusieurs jours et la production industrielle reprend. Alors que l’Europe est touchée de plein fouet par la crise, l’Asie remonte la pente, permettant ainsi d’exporter de nouveau du matériel sanitaire au Vieux Continent, ainsi que d’autres produits nécessaires à notre économie.

Ces avantages d’une diversification géographique ne doivent pas cacher les besoins d’ajustements dans la chaîne mondiale de valeur. Si certaines entreprises multinationales peuvent aujourd’hui déjà réarranger leur production au travers de leurs divers sites de production, nombreuses sont celles qui devront diversifier leurs sources d’approvisionnement et réduire leur dépendance de certains fournisseurs ou de certains pays. Penser trouver son salut uniquement au sein de l’Europe serait une approche insuffisante. Pour rappel, la distance entre Chiasso et Hambourg est plus courte que celle qui sépare la ville du Wuhan, le premier foyer de l’épidémie, de Beijing, la capitale chinoise.

Il faudra aussi revoir la gestion des réserves obligatoires de produits de première nécessité. La Suisse connaît des exigences pour des denrées alimentaires comme le sucre et le café qui reflètent l’approvisionnement d’un autre siècle. Les réserves de masques respiratoires, de vêtements de protection ou de médicaments, elles, ne sont visiblement pas en adéquation avec les défis de la crise actuelle. Ici aussi toutefois, remplir de vieux bunkers de l’armée avec du matériel qui se dévalorise avec le temps ne peut pas être la seule réponse. Des sources d’approvisionnement diversifiées au niveau global seront également nécessaires.

L’essor économique dépend de l’accès aux marchés mondiaux

Enfin et surtout, l’essor économique de notre pays dépendra à terme de notre accès aux marchés mondiaux pour se procurer les intrants nécessaires à la production domestique. De même, la vente de nos marchandises et services à l’étranger jouera un rôle clé pour garantir les emplois et assurer les salaires. Aujourd’hui déjà, un franc sur deux du produit intérieur brut suisse est gagné en dehors du pays. Avec une récession probable qui touchera notre économie locale, diversifier nos marchés d’exportations gagnera en importance. Contrairement à de grandes puissances comme les Etats-Unis ou l’Allemagne, qui profitent de la taille immense de leur marché domestique, le marché suisse est à lui seul trop petit pour absorber la production nécessaire pour financer notre bien-être et notre Etat social.

Un repli nationaliste et la recherche de l’autosubsistance peuvent donner une vision romantique qui rassure lorsque nos pays voisins et le reste du monde sont en proie à des difficultés sanitaires et économiques. Mais lorsque le chômage augmentera, les rentrées fiscales diminueront et les dépenses sociales exploseront, cette idylle d’un havre de paix autosuffisant fera vite place à une réalité économique plus sombre. Ces idéaux nationalistes et antimondialistes ne rempliront pas nos assiettes, ni nos portemonnaies, ni nos rayons de pharmacie.

La Suisse a su par le passé tirer avantage d’une intégration économique avec l’Union européenne, les Etats-Unis et bien d’autres pays du monde. A l’avenir aussi, le maintien de notre système sanitaire et la prospérité de notre économie passeront par des relations profondes, mais diversifiées, avec l’économie mondiale.


* Jérôme Cosandey, directeur romand d'Avenir Suisse