C'est maintenant officiel, la récession frappe de plein fouet la Grande-Bretagne. Le PIB a reculé au troisième trimestre, pour la première fois depuis 1992. La baisse a surpris par sa sévérité: -0,5%, deux fois plus que ce que la plupart des économistes prévoyaient.

Tous les signaux sont au rouge. Le secteur industriel s'est violemment contracté de 1% au troisième trimestre. Les usines tournent au ralenti depuis le début de l'année, tandis que le secteur de la construction, mais aussi les mines et l'énergie, sont en baisse.

Mais la mauvaise nouvelle, celle qui a surpris les économistes, vient de la consommation des ménages. Le secteur de la distribution, des hôtels et des restaurants enregistre une chute spectaculaire de 1,7%. Les grands magasins John Lewis, qui sont souvent considérés comme un bon thermomètre de l'économie britannique, confirment la tendance. Depuis la rentrée, leurs ventes sont en baisse significative, avec un véritable effondrement en octobre.

Avant la tempête

Quant aux services financiers, ils sont logiquement en baisse de 0,4%. Mais le pire est à venir dans ce secteur: les chiffres du PIB publiés hier s'arrêtent fin septembre, avant le gros de la tempête financière.

Techniquement, la Grande-Bretagne n'est pas entièrement en récession (définie par deux trimestres de contraction du PIB): la croissance au deuxième trimestre était nulle. Mais plus personne, pas même Downing Street, ne fait semblant de croire à un rapide rebond de l'économie. «Ça va être difficile, mais nous en sortirons», affirmait hier Alistair Darling, le ministre de l'Economie. Selon lui, les raisons de la crise sont avant tout internationales: «La crise du crédit a un impact sur le secteur immobilier, sur la construction, et la hausse des prix du pétrole pousse les gens à se serrer la ceinture, et ils ne sortent donc plus autant qu'avant.»

Mais la Grande-Bretagne risque d'être plus durement touchée que le reste de l'Europe. Le secteur financier représente 10% du PIB et la tempête boursière a un impact direct. Chaque mauvaise nouvelle concernant une banque américaine touche aussi la City: la suppression de 3200 employés par Golman Sachs annoncée jeudi devrait en compter 600 à Londres.

Inquiétudes sur l'emploi

La rapide progression du chômage, dont le taux est passé de 5,2% à 5,7% en trois mois, inquiète également. A ce rythme, le retour à trois millions de chômeurs d'ici à 2010 est possible, selon Capital Economics.

Désormais, tous les regards sont tournés vers la banque d'Angleterre. Une baisse des taux d'intérêt d'un demi-point, voire d'un point entier, est attendue en novembre puis en décembre. Leur niveau devrait passer de 4,5% actuellement à 2,5% courant 2009. Avec la baisse du pétrole, et la chute de la livre sterling, cela devrait aider l'économie britannique à se redresser. Dans combien de temps? Le consensus des économistes prévoit une récession sur l'ensemble de 2009 (entre -0,9% et -1,7%), et un redressement début 2010. «Mais vu la façon dont les choses se déroulent, nous n'excluons plus un ralentissement plus profond», prévient Vicky Redwood, de Capital Economics.