Dans l'usine de Neuhof, dont les murs intérieurs et les tuyaux peints en bleu, rouge et jaune rappellent les couleurs des briques Lego, l'atmosphère semble à prime abord sereine. Et pourtant, les quelques employés encore à leur poste de travail pendant la pause matinale ont du mal à croire ce qui leur arrive. Dès qu'on les interroge sur la fermeture prochaine de l'usine, les larmes leur montent aux yeux. «Cela fait quinze ans que je travaille pour Lego», raconte Slavica Milosevic, ressortissante d'ex-Yougoslavie. «J'espère que je pourrai rester en Suisse.» Son mari, qui travaille également pour Lego, bénéficie depuis avril 2000 d'un plan de retraite anticipée. Selon l'ancien système, explique Jörg Steiner, responsable de la division d'emballage, chaque année passée au service de l'entreprise permettait de gagner un mois de retraite anticipée.

Par ailleurs, une personne qui prenait sa retraite avant l'âge fixé bénéficiait de 70% de son salaire. Avec la mise en place du nouveau système de retraite (voir tableau ci-dessus), Lego essaie de rendre ces critères plus flexibles. Une idée serait d'accroître le nombre de mois de retraite anticipée par rapport aux années de service.

Jörg Steiner lui-même travaille depuis plus de dix ans pour Lego, mais n'en sait pas plus que les autres sur le sort que lui réserve la compagnie: «Vous savez, la perte d'un emploi c'est une chose, mais tous les liens d'amitié qui se sont créés au fil des années entre employés, c'en est une autre…»

Pour tous les collaborateurs, la réponse est identique: «C'était la surprise totale, raconte Pius Merz, employé dans la production depuis vingt-cinq ans. Nous avons été prévenus en décembre que l'année avait été mauvaise, mais nous étions loin de nous attendre à un tel désastre…»