La décision du Tribunal administratif constitue une nouvelle victoire d’étape pour Swatch Group. Pas définitive, même si, sur le fond, le dossier semble déjà bouclé. En fait, il l’est depuis que la Commission de la concurrence a donné en partie son blanc-seing au numéro un mondial de l’horlogerie pour réduire ses livraisons de composants à la concurrence. La brèche s’est ouverte et il semble inimaginable que les autorités de la concurrence fassent machine arrière. Swatch Group encore moins. Le président du gendarme de la concurrence confiait même récemment au Temps que le message principal délivré par cet aval préliminaire était limpide: les horlogers, à terme, doivent apprendre à vivre peu ou prou sans les composants du groupe de Nick Hayek. Reste bien sûr l’enquête sur un éventuel abus de position dominante, mais les conclusions ne devraient rien changer à l’affaire puisque les investigations portent sur une cessation complète des composants. Autrement dit, le volet d’une forte réduction est déjà acquis. Au mieux, les sociétés, qui feront recours auprès du Tribunal fédéral, ne feront que repousser l’inéluctable. Pourtant, elles ont déjà perdu environ dix longues et précieuses années, depuis que feu Nicolas Hayek a fait part pour la première fois de ses intentions. Il est désormais urgent qu’elles prennent leur destin industriel en main sous peine de souffrir ou de disparaître. Certaines y sont parvenues, à l’instar de Breitling, qui s’est lancée dans la production de mouvements à un niveau industriel. Pour les autres, les années à venir risquent d’être difficiles, jusqu’à ce qu’une alternative industrielle voie réellement le jour. Mais que de temps galvaudé. Et quelle absence de vision stratégique de la part de nombre de marques, lesquelles ont seulement investi dans le marketing ces dernières années, négligeant totalement l’aspect production, puisqu’elles puisaient dans la manne industrielle de Swatch Group. Bien mal leur en a pris. Les principes d’émancipation et d’indépendance constituent pourtant le b.a.-ba économique. L’acceptation d’une situation monopolistique engendre des risques et des réponses à apporter. Les horlogers n’y sont pas parvenus. Faute même d’avoir essayé.