évasion et fraude Fiscale

Une députée européenne veut une enquête sur UBS et Credit Suisse

Ana Gomes interpelle la Norvège, actionnaire des deux banques

Une députée européenne veut une enquête sur UBS et Credit Suisse

Fisc Ana Gomes interpelle la Norvège, actionnaire des deux banques

Ana Gomes, députée socialiste portugaise au Parlement européen, a décidément la place financière helvétique, et plus particulièrement UBS et Credit Suisse, dans sa ligne de mire. Dans une lettre adressée le 1er avril 2014 à la première ministre de Norvège, Erna Solberg, elle demande l’ouverture d’une enquête sur le rôle joué par les deux grandes banques dans des activités liées au blanchiment d’argent sale ainsi qu’à l’évasion et la fraude fiscales. Contactée lundi au téléphone alors qu’elle se trouvait en mission en Guinée-Bissau, l’élue a déclaré ne pas encore avoir obtenu de réponse d’Oslo.

Pourquoi la Norvège? Parce que le Fonds souverain norvégien est l’un des actionnaires importants des deux banques. Il détient, par le truchement de la Norges Bank (banque centrale), 3,04% des parts d’UBS et 5,65% de Credit Suisse. Il est aussi propriétaire du siège de Credit Suisse à Zurich, acheté en novembre 2012 pour 1 milliard de dollars.

«Ana Gomes ne mène pas une croisade contre UBS et Credit Suisse, répond un observateur qui suit ses initiatives de près au Parlement européen. Le fait que son pays, le Portugal, mais aussi d’autres pays d’Europe du Sud, se soient retrouvés en faillite alors que des fortunes ont été transférées dans les paradis fiscaux, notamment en Suisse, la motive dans ses actions.» «Je me suis basée sur des rapports produits aux Etats-Unis sur les activités de ces deux banques, nous a expliqué Ana Gomes. Ils détaillent comment elles ont attiré des fortunes américaines tout en les conseillant sur comment éviter le fisc.» Selon elle, UBS et Credit Suisse ont très probablement fait la même chose en Europe.

Audition parlementaire

«J’admire l’engagement de la Norvège en faveur de la démocratie et de la transparence ainsi que votre intérêt à promouvoir la justice économique et sociale», a écrit Ana Gomes à Erna Solberg. La députée cible la caste de personnalités politiquement exposées (PEP) qui abusent de leur pouvoir pour amasser des fortunes et les mettre à l’abri dans des places financières à l’étranger. «Vous et moi, nous sommes des élues et de ce fait, nous avons la responsabilité de défendre les plus hauts standards en matière d’intégrité et de transparence de notre système financier», poursuit-elle dans la lettre.

A son initiative, la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement avait convoqué, au début du mois, quatre institutions – UBS, Credit Suisse, Deutsche Bank et HSBC – à une audition «à l’américaine» sur les pratiques controversées des banques en matière fiscale. «Elles ont refusé de venir, prétextant un problème de calendrier», dit-elle. La députée, ancienne ambassadrice du Portugal en Indonésie, est en campagne pour un nouveau mandat lors des élections européennes du 22 au 25 mai. Elle espère auditionner les géants bancaires cet automne. «A la rentrée, je ferai tout pour que le Parlement revienne à la charge», nous a-t-elle confirmé.

Par ailleurs, Ana Gomes collabore avec le sénateur démocrate du Michigan Carl Levin, pourfendeur connu des banques helvétiques et qu’elle a rencontré lors d’un voyage à Washington en mars. Il a été question de mener une enquête transatlantique sur la place financière suisse.

Autre initiative où Ana Gomes est partie prenante: une pétition demandant à Bruxelles d’ouvrir une enquête sur les comptes des PEP ouverts dans les paradis fiscaux, surtout en Suisse. L’initiative revient à Change.org, une plateforme de pétitions en ligne.

Selon une source bancaire, l’initiative d’Ana Gomes n’a pas de raison d’être si ce n’est pour en tirer profit pour sa propre campagne électorale. «Pourquoi s’acharner alors que les institutions suisses font tout pour régler les problèmes dans les meilleurs délais?» Et notre interlocuteur de rejeter la comparaison avec les Etats-Unis; les banques n’ont en effet pas de différend avec l’UE.

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