Crise

Une dette élevée, forcément synonyme de récession?

De «graves erreurs» ont été commises dans une étude souvent citée pour évoquer la dette publique, insistent des universitaires. Le débat prend des proportions mondiales

Une étude influente signée en 2010 par deux économistes de renom et qui concluait qu’une dette élevée dans les pays riches s’accompagnait nécessairement d’une récession était truffée «de graves erreurs», selon les travaux récents de trois universitaires américains.

«Cette étude a été abondamment citée pour appuyer l’idée que la dette publique était la question du jour. Mais leurs auteurs ont commis de graves erreurs», a affirmé mercredi à l’AFP l’un de ces universitaires, Michael Ash, professeur d’économie à l’Université Amherst du Massachusetts.

L’étude controversée est l’œuvre de deux économistes de Harvard, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, ancien chef économiste du Fonds monétaire international entre 2001 et 2003.

Dans leurs travaux publiés en 2010, ils avaient conclu que les périodes où la dette publique des pays riches avait dépassé 90% de leur produit intérieur brut correspondaient, en moyenne, à des récessions de l’ordre de -0,1%.

Abondamment citée

Publiée en plein cœur de la crise de la zone euro, cette étude a été abondamment commentée et a notamment servi de référence explicite à l’élu américain Paul Ryan, ancien vice-candidat républicain à la présidence.

Les travaux publiés cette semaine par les trois économistes du Massachusetts aboutissent à une conclusion radicalement différente: en étudiant la même période, ils estiment que la croissance économique des pays avec ce ratio de dette a en réalité été de +2,2%.

«Tout cela est parti du travail d’un de nos étudiants qui n’arrivait pas aux mêmes résultats que Rogoff et Reinhart. Nous avons travaillé dur sur la question pour finir par découvrir qu’ils avaient commis une série d’erreurs», a ajouté Michael Ash.

Dans leur étude, les trois universitaires accusent même leurs collègues de Harvard d’avoir procédé «à un tri des données» et assurent que leurs nouvelles conclusions doivent conduire à revoir «les objectifs d’austérité» défendus en Europe ou aux Etats-Unis.

«Ce serait vraiment une très mauvaise décision pour un gouvernement d’utiliser ce seuil de 90%», estime Michael Ash.

Mis en cause, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff ont assuré dans le Wall Street Journal que les résultats de cette nouvelle étude étaient du «même ordre» que leurs propres conclusions s’agissant des données pays par pays.

Sur son blog, le Prix Nobel d’économie Paul Krugman a renoncé à prendre leur défense en jugeant leur réponse «vraiment très mauvaise».

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