La dette est un titre qui se vend et qui s'achète. Plus une créance est pourrie, c'est-à-dire qu'elle a peu de chance d'être remboursée, moins elle vaut. Le marché obligataire spécialisé dans les titres à risques vaut plusieurs milliards de dollars et fait l'objet d'intenses spéculations financières. L'ardoise irakienne, après avoir été ignorée pendant plus d'une décennie, fait tout à coup l'objet de nombreuses convoitises. Les spécialistes imaginent qu'une fois la guerre terminée, l'Irak, libéré de l'embargo et grâce à son pétrole, redeviendra un pays solvable et honorera ses créances.

Pour l'heure, personne ne sait de façon précise le montant de la dette irakienne. Soixante-deux milliards de dollars? Cent quarante milliards? Une chose est sûre: durant les années 80 lorsque l'Irak était en guerre contre l'Iran voisin, ennemi des Etats-Unis, le pays obtenait, sans difficulté et sans garantie, des prêts importants, notamment pour se payer des armes. Selon la CIA, la dette irakienne par habitant s'élève à 2600 dollars. Actuellement, Bagdad consacre déjà 28% de ses revenus pétroliers à dédommager le Koweït, après l'invasion en 1990. La Banque mondiale estime l'ardoise à 60 milliards de dollars.

Titres recherchés

L'agence Bloomberg raconte l'histoire de Micheal Lambert, gérant d'un fonds alternatif, basé aux Bermudes, qui a réussi à dénicher des titres de la dette irakienne pour une valeur de 6 millions de dollars. Ce n'est rien, mais le financier continue la traque les titres auprès des grandes banques internationales. Pour l'heure, il évalue leur valeur à un prix bradé de 8 cents pour un dollar mais assure qu'elle va grimper chaque jour dès l'installation d'un nouveau gouvernement favorable à Washington. D'autres gérants de fonds offrent déjà entre 15 et 17 cents pour un dollar.

Bloomberg fait par ailleurs ressortir que de nombreux créanciers d'Irak ont depuis longtemps passé en pertes et profits leur compte irakien. Sur le même registre, La Tribune (Paris) cite Majid Mekouar, responsable des marchés émergents au sein de l'Union des banques arabes et françaises, selon qui «il n'y a guère actuellement plus de 1 milliard de dollars qui soit négociable sur le marché».